L'écriture cursive en voie de disparition

12 11 2009

Au cégep, plusieurs élèves ne connaissent pas l'écriture cursive et cela cause d'innombrables problèmes. Plusieurs enseignants ne se rendent pas compte que les élèves ne sont pas capables de lire les notes qu'ils écrivent au tableau en lettres attachées. À l'université, le même phénomène a été observé dans plusieurs facultés des sciences de l'éducation. Les futurs maîtres ne savent pas tous lire l'écriture cursive et écrire en lettres attachées.

 

Maintenant, le problème se double d'un autre phénomène. On engage des enseignants au cégep qui n'ont jamais écrit en lettres attachées et qui vont enseigner sans jamais utiliser l'écriture cursive. J'imagine que c'est la même chose au secondaire où on abandonne l'écriture cursive progressivement. Sans compter que cette forme d'écriture n'est pas toujours enseignée même au primaire.

 

Par ailleurs, l'emploi de l'ordinateur et des cellulaires fait également disparaître la distinction entre les lettres majuscules et les lettres minuscules, de même que l'utilisation de la ponctuation.

 

Voilà où nous en sommes en éducation, et il faut tenir compte de ces phénomènes nouveaux reliés aux nouvelles technologies. Gros défis pour les enseignants qui utilisent l'écriture dans leur enseignement…

 




L'école de demain : le Ischool

02 06 2009

Ces jours-ci, beaucoup de collègues s'inquiètent de l'arrivée prochaine d'élèves issus de la réforme du secondaire. Parviendront-ils à assister à un cours magistral? Vont-ils pouvoir se débrouiller en classe individuellement? S'ils n'apprennent désormais qu'en réalisant des projets en équipe, comment vont-ils faire pour écouter un enseignant discourir pendant quelques minutes seulement? Vont-ils pouvoir travailler seuls? Peuvent-ils chercher de l'information, la compiler, la classer et finalement rédiger un texte cohérent?

Mais, d'après moi, ce qui est plus inquiétant encore, c'est que l'institution d'enseignement n'évolue pas assez rapidement. Au-delà des réformes, des méthodes d'apprentissage, des stratégies pédagogiques, ce qui ébranle le plus profondément le système d'éducation actuel, c'est la révolution des TICS. Ce qui menace le plus la structure de la langue écrite, le code orthographique, c'est bien plutôt les textos et les tics que les multiples réformes du secondaire.

Il y a un changement de culture chez les jeunes dont il faut tenir compte sous peine de disparaître comme les dinosaures. L'enseignement devra changer, sinon les jeunes continueront de décrocher et de chercher ailleurs d'autres sources de connaissances.

Regardez ce vidéo pour vous en convaincre. Si le lien ne fonctionne pas, cliquez ici.




Les trois qualités essentielles d'un enseignant

21 04 2009

Si on me demandait comme cela à brûle-pourpoint quelles sont les trois qualités essentielles d'un bon enseignant, je répondrais spontanément : la tolérance (être serein devant l'adversité), l'humour et la capacité à faire image. Évidemment, il faut également une certaine compétence dans la matière enseignée, mais je ne crois pas que cela soit souvent un problème au niveau collégial, étant donné qu'on engage généralement des enseignants possédant au moins une maîtrise dans la discipline.

Être calme, quoi qu'il arrive. Les étudiants méprisent les enseignants qui crient pour se faire respecter. Vaut mieux sortir de la classe, aller faire un tour dans les corridors et revenir quand la moutarde est retombée du nez que de perdre la face devant un groupe. La sérénité rassure les étudiants et on peut se faire respecter autrement qu'en levant le ton. Des répliques sarcastiques émises sur un ton badin peuvent replacer un irascible plus assurément que le survoltage nerveux.

De l'humour, encore et toujours de l'humour. Il ne s'agit de pas de faire le clown à l'avant de la classe, quoique cela peut servir à l'occasion, mais de détendre l'atmosphère afin de prédisposer les étudiants à apprendre avec le sourire. Un soupçon d'humour attire l'attention et ouvre les esprits à l'écoute dynamique.

Finalement, des images pour faire image. Schématiser, illustrer, imaginer. Donner des exemples compréhensibles pour les étudiants. L'art de l'enseignant provient souvent de sa capacité à bien choisir les mots qui vont faire image dans la tête des étudiants. Une fois l'image saisie, les étudiants peuvent l'associer à d'autres images plus aisément. Après, il sera toujours temps d'aborder les abstractions. Raconter des histoires, devinettes et énigmes, donner des exemples-chocs, relier le contenu du cours à l'actualité ou aux expériences personnelles des étudiants, voilà des moyens simples afin d'éveiller les esprits des jeunes d'aujourd'hui.

Ces qualités ne sont pas réparties uniformément parmi la gent enseignante. Elles ne sont peut-être même pas aussi essentielles que je le pense. Il n'y a rien de scientifique dans mes propos. Ce ne sont que des suppositions issues de mon expérience d'une vingtaine d'années d'enseignement au Collégial.

 




L'effet pervers de la cote R

22 03 2009

Mon fils étudie au collège où enseignent ses parents. Pauvre de lui! ;-) Quoi qu'il en soit, il vient de réaliser que la cote R nuit aux études et à la diplomation. La plupart de ses amis choisissent moins de cours par session afin d'augmenter leurs notes et, par le fait même, leur cote R. Lui, il ne veut pas abandonner de cours avant la date limite, car il aimerait terminer ses études en Sciences humaines en deux ans, la durée prévue. Mais, maintenant, il se trouve devant un dilemme : abandonner des cours ou accepter d'avoir une moins bonne cote R s'il veut respecter le délai prescrit par le MELS. En effet, comme la charge de travail est grande aujourd'hui, même en sciences humaines, lorsqu'on veut bien réussir (voir mon autre billet sur la révision des programmes qui augmente toujours le nombre d'heures de cours et d'études depuis quelques années), il obtiendra de moins bonnes notes que ses amis qui se concentrent sur cinq ou six cours seulement par session. La cote R de mon fils va s'en ressentir, car les autres étudiants auront de meilleures notes que lui puisqu'ils ne suivent pas le même nombre de cours par session. Lui, il va compléter ses cours dans le délai prévu, mais avec de moins bonnes notes que s'il avait abandonné un ou plusieurs cours. Bref, en plus de la surabondance de travail qu'on exige maintenant des étudiants, on ajoute une pression supplémentaire en les faisant compétitionner entre eux avec la cote R, ce qui augmente le taux d'abandon.




Les élèves, des ennemis?

24 02 2009

Entendu réellement dans un corridor du Collège hier, par un enseignant qui se dirigeait en classe : « Allons affronter la meute et faire reculer la frontière de l'ignorance! » Il y avait sûrement une pincée d'ironie dans cette phrase, mais elle révélait également un fond de vérité sur les sentiments de l'enseignant à l'égard de ses élèves. Le pire, c'est qu'il y avait des élèves à proximité, dans le passage, qui ont levé les yeux en signe de dépit. (Précisons, toutefois, qu'il ne s'agit pas du couloir du 2e étage, ni d'un enseignant en philosophie ou en sciences sociales).

Qu'il me soit permis de souligner, ici, qu'un de mes collègues retraités depuis peu n'a jamais prononcé un mot contre un de ses élèves en plus de 35 ans d'enseignement! Bien sûr, il lui est arrivé de maugréer quelquefois contre un groupe difficile dans lequel ses messages passaient moins facilement qu'à l'ordinaire, mais jamais il n'a pris à partie les élèves et jamais, au grand jamais, il ne les a insultés.

J'entends plusieurs jeunes enseignants regimber contre leurs élèves. Ils les trouvent ignorants, sans culture, sans ouverture d'esprit. Ils se donnent comme mission de les forcer à réfléchir, à bien écrire, à se discipliner, etc. Ils ont des difficultés en classe, car ils sentent qu'ils ne rejoignent pas les élèves qui se plaignent de ne rien comprendre à ce qu'ils disent. Ils constatent le fossé entre leur langage et celui des élèves. Pour ne pas abaisser le niveau, ils ne feront pas un pas en direction des élèves. C'est à eux seuls à travailler et à comprendre. Belle pédagogie élitiste!

Pourquoi ne pas combler l'écart, le fossé entre eux et les élèves, des deux côtés? Pourquoi ne pas tenter de stimuler les élèves à comprendre en faisant les premiers pas vers eux et leur univers? Pourquoi ne pas jeter des ponts au lieu de se cantonner dans une tour d'ivoire et de commencer dans la profession d'enseignant dans une posture antagoniste?

L'ironie du sort fait en sorte que ce sont souvent ces mêmes enseignants en constant conflit avec les élèves qui fustigent les administrateurs de cégeps en affirmant que ces derniers les méprisent…




Des élèves et des profs (2)

18 02 2009

Suite du billet d'hier Les élèves

Les profs

Un des problèmes dans l'enseignement provient le plus souvent des enseignants eux-mêmes qui se cachent derrière leurs livres ou leur savoir pour écraser les élèves, dans le pire des cas, ou pour se rassurer et se donner une contenance devant une classe, dans le meilleur des cas.

Combien de fois entends-je des enseignants réciter littéralement leurs notes de cours universitaires, ou en faire des résumés pour les élèves du collégial? Comme si les jeunes étaient de futurs étudiants de leur discipline universitaire.

Évidemment, la perception de ces profs devient un miroir grossissant des manques des élèves qui ne sont pas spécialisés dans leur domaine. Cela est rassurant et tient les étudiants à distance. On peut alors gloser du haut de ses connaissances tout en se justifiant du fossé creusé entre l'enseignant-savant-qui-sait-tout et l'élève-abruti-qui-ne-connaît-rien-et qui-ne-s'intéresse-à-rien.

Un dialogue de sourds s'ensuit. Et l'enseignant questionne la classe silencieuse d'élèves qui ne comprennent rien ou qui ne veulent pas se faire passer des ignorants en répondant à côté de la voix (ou de la voie?) de la connaissance.

Certains enseignants démotivent alors même les plus motivés des élèves. C'est ainsi que l'on entend des enseignants ridiculiser les jeunes en réunion départementale, à la cafétéria, dans les corridors, à la maison, etc. Ils se plaignent que les élèves ne veulent pas apprendre, que les jeunes sont obtus, étroits d'esprit, qu'ils sont des enfants moules, des enfants rois, qu'ils n'ont pas de culture, qu'ils ne veulent rien savoir de rien, qu'ils sont prisonniers de la société de consommation, de la société de la surabondance, etc. Des abrutis contents de l'être.

Et ces enseignants continuent d'enseigner, car ils ne peuvent pas faire autre chose. Ils ont la sécurité d'emploi et ils vont faire leur temps en classe jusqu'à la retraite. Certains vont même le dire à leurs élèves, directement en commençant les cours. « Je ne veux pas être ici devant vous à essayer de vous apprendre des choses que vous ne voulez pas apprendre. On va passer la session en essayant de ne pas se piler sur les pieds, chacun dans son coin. OK? »

Déplorable, vous dites? Inimaginable? Pourtant, ces choses se reproduisent d'année en année. On a l'impression, en entend certains enseignants parler de leurs élèves, qu'ils sont en guerre continuelle avec ces derniers.

La dernière phrase sibylline que j'ai entendue de la part d'enseignants qui s'opposaient à la création d'un stationnement réservé au personnel est la suivante : « nos voitures vont devenir des cibles pour les élèves mécontents qui vont se venger de leur rancune… » Les élèves : des ennemis potentiels.

L'enseignement devient dans leurs bouches un acte de lutte, de conflits, d'antagonismes. Alors qu'il peut être l'exact opposé. Un échange, pas nécessairement d'égal à égal, mais de respect mutuel dans lequel l'élève reconnaît les compétences de l'enseignant qui lui part des acquis de l'élève pour l'amener plus loin, pour le stimuler à apprendre davantage.




Des élèves et des profs (1)

17 02 2009

Les élèves

Je n'en reviens pas encore et encore de la qualité des élèves que j'ai devant moi en 2009. Ils sont vifs, intelligents, ouverts sur le monde et aux aguets. Il suffit de maintenir leur intérêt ou de le susciter un peu pour qu'ils en donnent plus que ce que l'on demande.

Par exemple, dans ma classe de philo du mercredi, il y a des élèves qui s'engagent pour des causes environnementales, d'autres qui travaillent pour le bureau de comté du député du coin, d'autres qui œuvrent au sein d'un parti de gauche, d'autres qui s'intéressent aux plus démunis et qui voyagent de par le monde, etc. Et il y a tous les autres qui posent des questions, qui me signalent des films à voir intéressants pour les cours de philo, ou qui lisent des livres hors de leur programme.

Il s'agit simplement d'aller les rejoindre là où ils sont pour que le niveau monte et qu'ils s'impliquent dans le cours. Après trois semaines seulement, ils veulent commencer leurs travaux de recherche de fin de session, ils veulent montrer aux autres et au prof leurs connaissances de certains sujets d'actualité qui les touchent particulièrement.

Bien sûr, le rôle de l'enseignant consiste à lier leurs champs d'intérêt au contenu du cours. Quelquefois, il y a incompatibilité et il faut user de subterfuge. Parler de la morale de Kant en l'illustrant de certaines tueries comme Polytechnique, par exemple. Quelquefois aussi, l'on doit caricaturer un auteur, pour le rendre plus attrayant.

Mais c'est lorsque l'on a touché les champs d'intérêt des élèves que l'on peut aller plus loin avec eux. La semaine dernière, par exemple, des élèves m'ont demandé de parler du divin marquis et de l'auteur de La Vénus à la fourrure, même si ces auteurs n'étaient pas au programme.

(Demain, les profs...)




De la reconnaissance des enseignants

21 01 2009

Êtes-vous un prof prénumérique et mal payé? Si vous répondez oui à ces deux questions, vous risquez de perdre la reconnaissance de vos élèves.

Qu'est-ce qu'un prof prénumérique? Évidemment, si vous n'avez jamais entendu l'expression, c'est déjà un indice que vous l'êtes. Si d'aventure, vous n'avez jamais entendu parler du débat entre les natifs du numérique et les immigrants du numérique, vous êtes fort probablement un prénumérique sans le savoir.

Trêve de plaisanteries, voici un extrait du très beau texte dédramatisant de Jean-François Marchandise intitulé justement Les Prénumériques :

« Les prénumériques regardent l’heure sur une montre, ils trouvent leur chemin sur une carte pliée en accordéon, ils lisent le journal, ils écrivent au stylo. Ils utilisent les cabines téléphoniques publiques, connaissent l’heure des levées quand ils doivent envoyer un courrier important. Ils écoutent la météo sur leur poste de radio, regardent les infos routières à la télévision. Pour préparer leurs vacances, ils vont dans une agence de voyages et ils prennent les dépliants avec les horaires de trains. […]Au travail, quand ils ont besoin de parler à un collègue, ils se lèvent, empruntent le couloir, et passent une tête dans un bureau voisin. Ils font la queue pour payer leurs impôts ou leurs amendes, chéquier en main ou espèces en poche. Quand arrive leur relevé de compte bancaire, ils pointent les dépenses du mois, crayon en main, calculette à portée. Ils prêtent des disques à leurs amis, découpent des articles dans les journaux, photocopient les courriers importants. […] »

C'est en partie cela, un prénumérique, quelqu'un qui est né avant le numérique, avant l'Internet. Idem pour l'immigrant du numérique, alors que le natif est né avec un ordinateur entre les mains et l'Internet au bout du fil.

Un enseignant qui est tout à fait ignorant du monde dans lequel grandissent ses élèves risque de perdre le contact avec ceux-ci. C'est un handicap difficile à surmonter.

Si, de plus, il est mal payé, comme le sont la plupart des enseignants dans le monde, alors, il part avec deux prises contre lui. C'est le constat du grand philosophe Alain Finkielkraut, cité par Laurence Hansen-Love, une enseignante de philosophie et auteure de nombreux manuels : « comment voulez-vous que l'on respecte quelqu'un qui gagne 1500 E par mois? »

On sera toujours le prénumérique de quelqu'un, comme le dit si bien Jean-François Marchandise. Ce n'est pas un drame et ce n'est ni insurmontable. Et l'on sera toujours le pauvre de quelqu'un, aussi. Mais il ne faudrait pas accuser trop de retard sur la société qui évolue à une vitesse grand V sur ces deux aspects de la vie. Sinon, nous risquons de provoquer le mépris de nos élèves au lieu de leur susciter de l'admiration, sinon, du moins, un certain respect. Car la connaissance issue des livres et la finesse de l'esprit du maître à penser ne suffisent plus à imposer le respect et la reconnaissance de la part des jeunes d'aujourd'hui.




Les trois principaux défis du collégial

16 01 2009

L'approche-programme

L'idée est bonne : augmenter le sentiment d'appartenance des élèves au collégial à un programme d'étude afin de favoriser leur réussite. En même temps, viser un profil de sortie semblable qui fournit un objectif commun aux enseignants dans un programme. Sauf qu'en redéfinissant les programmes au local, et en donnant ainsi plus d'autonomie aux collèges, les enseignants croient à tort que leur programme constitue une fin en soi. Ils veulent ainsi tout mettre dans leur programme et augmente sensiblement le nombre d'heures contact, de cours et d'activités de toutes sortes, etc. Ce qui alourdit beaucoup les programmes d'étude des élèves.

Ainsi, en plus de devoir réussir tous leurs cours d'un programme pour obtenir un diplôme, comme dans le bon vieux temps, les élèves d'aujourd'hui doivent également réussir leur épreuve synthèse de programme et l'Épreuve uniforme de français. Plus de cours et plus d'évaluations, pas étonnant qu'il y ait plus d'échecs et d'abandons.

Le zèle des enseignants

Dans chacun des cours d'un programme spécifique et de la formation générale, les enseignants veulent donner des cours significatifs et complets à leurs élèves. Noble intention. Par contre, ils oublient trop souvent qu'un cours n'est qu'une partie d'un tout et que le tout n'est qu'une étape ou une introduction vers la formation universitaire ou un début de carrière. L'approche par compétence fait mal ici, car elle induit l'idée qu'un cours doit aboutir à une compétence définie, pour ne pas dire définitive. Ce qui justifie souvent le zèle des enseignants dans chacun de leurs cours. Résultat encore : plus d'échecs et d'abandons.

Le renouveau technologique

Finalement, le troisième problème résulte d'un manque de flexibilité de la structure de l'institution scolaire. On parle beaucoup du fossé entre les natifs du numérique (les enfants nés avec Internet) et les immigrants du numérique (les adultes qui ont vécu avant Internet). Ce fossé se creuse dans le domaine de l'éducation de l'immobilisme de l'institution scolaire qui transmet un savoir établi, reconnu, fixé dans le temps, pour ne pas dire figé, de manière souvent archaïque, dans une structure datant du XIXe siècle, pour des natifs du numérique qui vivent dans un monde en perpétuel changement où tout est disponible immédiatement au bout des doigts. Le conflit de générations habituel se double ainsi d'un choc de civilisation mal géré par l'institution scolaire qui ne peut suivre le rythme du changement dans la transmission du savoir.

De plus, les enseignants ne suivent pas la parade de la révolution informatique, car ils sont souvent confortablement installés dans leurs certitudes et le savoir acquis de hautes luttes en lisant des heures durant des bouquins qui paraissent dépassés pour les nouvelles générations. Et ceux qui veulent « embarquer » dans la révolution technologique le font de manière gauche pour les natifs du numérique qui en connaissent souvent plus que leurs maîtres dans ces domaines. Finalement, l'institution scolaire bouge lentement et cela demanderait des efforts astronomiques d'investissements pour équiper adéquatement les enseignants, les salles de cours et les élèves.

Il ne faudrait pas négliger dans ce bref portrait de la situation du collégial, la lutte de pouvoir entre les tenants de l'immobilisme qui se targuent d'établir des bases communes et solides du savoir sur les valeurs sûres des connaissances reconnues partout et depuis longtemps et les apôtres de l'évangile du bouleversement cataclysmique que provoquent les nouvelles technologies de l'information et des communications.

Heureusement, il n'y a pas là opposition, mais complémentarité. Pourvu qu'on investisse du temps et de l'argent afin de moderniser les outils pédagogiques.

Voilà où nous en sommes au collégial. Il faudrait alléger la somme de travail des élèves, entrer dans la tête des enseignants que leurs cours ne sont pas des fins en soi, dégraisser les programmes d'étude et investir dans le renouveau technologique en consultant les élèves pour répondre à leurs besoins nouveaux.




Comment augmenter le taux de décrochage scolaire?

06 11 2008

Mario Roy affirmait la semaine dernière dans un éditorial de La Presse que le taux de décrochage au collégial atteignait près de 50 %. Comment est-ce possible, après tous les efforts déployés pour endiguer ce fléau? La recette du décrochage collégial est pourtant bien simple.

Premier ingrédient : des enseignants qui n'ont pas du tout de soucis pédagogiques ni aucune formation en pédagogie. En effet, rares sont les enseignants au collégial qui possèdent une formation en pédagogie. L'apprentissage du métier d'enseignant se fait le plus souvent sur le tas, c'est-à-dire sur le dos des élèves cobayes captifs… Heureusement qu'il y a de plus en plus de programmes de maîtrise à l'université qui offrent des stages en enseignement collégial.

Deuxième ingrédient : des révisions de programmes qui ajoutent des heures de cours et d'études aux élèves. Depuis l'instauration de l'approche programme dans les cégeps, on révise périodiquement les programmes d'études. Ce qui a pour effet pervers de toujours ajouter des heures de cours et d'études aux élèves. On définit les programmes à partir d'un profil de sortie qui, inconsciemment sans doute, induit l'idée que l'enseignement collégial est terminal. Les élèves doivent atteindre des compétences dignes de celles à atteindre dans les programmes d'études universitaires ou après plusieurs années sur le marché du travail. On ne définit plus les études par le minimum d'objectifs à atteindre avant d'aller plus loin à l'université ou sur le marché du travail, mais par un ensemble de compétences terminales. D'où, le besoin d'ajout de cours et d'heures d'études.

Troisième ingrédient : des cours de plus en plus exigeants. Il n'y a plus de cours « faciles » au collégial. Auparavant, avant la réforme Robillard, les élèves pouvaient souffler un peu et se ressourcer dans les cours de théâtre, de poésie, de roman, d'essai, de philosophie et d'éducation physique. Maintenant, les cours de littérature sont devenus des cours de techniques littéraires ou de méthodologie, les cours de philosophie sont de plus en plus techniques dans leurs compétences à atteindre et les cours d'éducation physique deviennent de plus en plus des cours théoriques. Sans compter que les cours complémentaires ont été réduits de quatre à deux. Les élèves n'ont plus d'endroits où souffler un peu ou se ressourcer. Ils doivent gober de la matière partout et en rendre compte dans une série interminable d'épreuves.

Quatrième ingrédient : des examens et des contrôles à répétition. Épreuve uniforme en français, épreuve synthèse de programme, examens d'entrée en français et en anglais, compétences finales dans chaque cours, etc. Auparavant, il suffisait souvent de rédiger un travail de session par cours. Maintenant, tous les cours sont balisés par des plans-cadres qui stipulent un minimum de contrôles à effectuer par session selon des critères de plus en plus précis.

Cinquième ingrédient : des enseignants qui exigent toujours davantage de travail de leurs élèves sans égard à l'ensemble du parcours collégial. Chaque enseignant est roi et maître dans son cours et il croit souvent qu'il est seul au monde. Les élèves n'ont qu'un cours à suivre et doivent tout sacrifier à la seule réussite de ce cours. De plus, les pondérations des cours ne représentent que des minimums pour la majorité des enseignants. Trois heures de théorie et trois heures à la maison d'études ou de devoir ne suffisent pas. L'enseignant en demande davantage.

Sixième ingrédient : des horaires surchargés. Un élève de sciences humaines en première session a 28 heures de cours à son horaire. Si l'on ajoute les heures d'études, cela fait 45 heures de cours et d'études par semaine. Comment les élèves peuvent-ils réussir tous leurs cours dans ce contexte?

Voilà les principaux ingrédients qui me viennent à l'esprit quand je tente d'expliquer le taux hallucinant de décrochage au collégial. Il s'agit d'un problème structurel. À trop vouloir défendre le collégial, le réseau a accouché d'une grenouille qui se prend pour un bœuf. Le réseau collégial ne voulait pas se faire bouffer par le réseau universitaire, alors il a grossi… indéfiniment?

Évidemment, il y a d'autres facteurs qui peuvent contribuer à l'augmentation du décrochage scolaire au niveau collégial. Le travail rémunéré, les divertissements de toutes sortes, l'idéologie anti-intellectuelle, le manque d'effort, etc. Mais ce ne sont que des facteurs secondaires, selon moi.




Mères absentes, enfants manqués?

22 09 2008

C'est drôle, depuis quelques années, un exercice du cours Éthique et politique a pris une tournure étrange. Il s'agit en fait de répondre à la question suivante :

«Prenons l’exemple d’une mère très pauvre avec trois enfants. Si elle décide de travailler durement, elle les néglige; si elle se prostitue, elle salit leur réputation; si elle les confie à une famille riche et sans enfants, elle les prive de son amour.» -Alberoni et Veca

 

Discutez ce dilemme moral. Que devrait faire la mère? Identifiez les valeurs en cause dans chacune des possibilités présentées. Quelle serait la meilleure solution? Voyez-vous d’autres possibilités? Justifiez votre réponse.

 

Or, depuis deux ou trois ans, les élèves me demandent ce qu'on entend par travailler durement et négliger ses enfants. Est-ce que cela veut dire avoir un emploi exigeant ou deux emplois en même temps et ne pas voir ses enfants souvent? Si c'est le cas, la plupart des élèves affirment avoir vécu pareille situation et ne pas se sentir pour autant négligés. Leur mère rentre du travail tard le soir pendant la semaine et travaille aussi souvent les week-ends. Alors quoi, c'est un problème moral, Monsieur le professeur? Est-ce que cela veut dire que ma mère m'a négligé?

 

Quand j'examine, d'année en année, les comportements des élèves, je suis tenté de répondre non catégoriquement à leur question. La plupart des jeunes sont polis, intelligents, vifs d'esprit et ouverts sur le monde. En plus, ils semblent équilibrés, émotivement parlant. Beaucoup plus solides que je l'étais à leur âge.

 

Alors quoi? Les mères absentes ont trouvé d'autres moyens d'être présentes dans le coeur de leurs enfants quand elles ne peuvent passer du temps à la maison? Peut-être.

 

De toute façon, je devrai à l'avenir modifier cet exercice...




Des élèves brillants, vifs et ouverts sur le monde

10 09 2008

Comme d'habitude, en cette rentrée de septembre, je ne cesse de m'étonner de la capacité d'émerveillement des jeunes d'aujourd'hui. Si je me compare à eux, je me dis que j'étais bien terne et surtout moins bien préparé qu'eux aux études supérieures à l'époque, même si j'obtenais les meilleures notes dans mes classes au cégep.

Je regarde les élèves de 18 ans et je remarque que la plupart sont au courant des nouvelles, plusieurs lisent des livres en dehors de ceux obligatoires pour les cours, quelques-uns ont même fait des voyages. Ils sont presque tous vifs d'esprit et désireux d'apprendre de nouvelles choses.

Bien sûr, ils aiment par-dessus tout rire et avoir du plaisir en classe. Ce sont d'ailleurs les deux leviers sur lesquels je m'appuie pour enseigner. Si les élèves rient et semblent avoir du plaisir à faire les exercices en classe, ils vont apprendre la matière du cours et même souvent aller plus loin que ce que le programme prescrit.

Humour, interaction, respect, anecdotes, actualité et jeu sont les ingrédients de tout cours réussi. Cela stimule les élèves à apprendre et à vouloir même en apprendre à l'enseignant qui n'en demande pas tant, mais qui continue de s'émerveiller de la capacité des jeunes à toujours en vouloir davantage. Ce qui pousse l'enseignant à se surpasser et à en donner plus.

Ainsi se crée le cercle non vicieux de l'apprentissage qui résulte de l'échange vivant entre un enseignant et ses élèves.




L'école, pour les garçons aussi?

09 09 2008

Voici, selon moi, quelques mesures à mettre en place si l'on veut vraiment favoriser le succès scolaire des garçons dans notre société.

1.     Père demandé d'urgence. Les pères devraient jouer un rôle majeur dans l'éducation de leurs enfants, garçons ou filles. Malheureusement, ils ne s'investissent pas souvent et ne passent pas assez de temps avec leurs enfants afin de les aider à faire leurs devoirs ou tout simplement assister aux réunions d'école. Des pères plus présents favoriseraient le succès scolaire, autant des garçons que des filles.

2.     Moins de langues. Mettre moins l'accent sur la langue d'enseignement dans le cheminement scolaire des élèves. L'importance démesurée qu'on accorde actuellement à l'acquisition des habiletés de base en langue nuit aux chances d'intégration des garçons à l'école. Presque toutes les études récentes montrent que l'acquisition des habiletés langagières des garçons et des filles ne suit pas le même rythme. Les garçons prennent plus de temps à maîtriser les rudiments du langage. Si, dès l'entrée à l'école, on discrimine les enfants sur cette base, on disqualifie presque d'office les garçons qui seront toujours en retard sur les filles, en général. De plus, si l'on continue de mettre l'accent sur la maîtrise de la langue d'enseignement et sur les langues secondes au secondaire, on continue de discriminer la majorité des garçons qui éprouveront toujours du retard sur les filles dans les tâches reliées au langage naturel. Si, finalement, on sanctionne les études par une épreuve uniforme de français, comme cela se fait au niveau collégial, et par des examens d'entrée en langue seconde, on poursuit la discrimination sur la base d'une inégalité biologique. Bref, à tous les niveaux d'enseignement, on relègue les garçons dans les classes inférieures en mettant l'accent du cheminement scolaire sous la gouverne de la maîtrise de la langue d'enseignement et des langues secondes.

3.     Ouvrir l'école aux changements. Accorder plus d'importance à d'autres types d'activités en classe et à l'extérieur de la classe. Évidemment, on peut ajouter plus de cours d'éducation physique et consacrer plus de temps aux activités physiques en général, en augmentant le temps des récréations par exemple. Mais on peut également augmenter le temps imparti à d'autres habiletés, comme laisser plus de place à la créativité, aux nouvelles technologies, aux projets communautaires, etc.

4.     Par l'exemple. Valoriser le succès scolaire des garçons par l'exemple. Fournir des modèles d'hommes ayant du succès dans leur vie professionnelle parce qu'ils ont réussi leurs études.

5.     Revisiter les modèles masculins. Dévaloriser les modèles masculins de déviance sociale et de violence véhiculés au cinéma et dans les jeux vidéo tout en revalorisant l'image de l'homme responsable et bien dans sa peau. Des campagnes de sensibilisation pourraient être entreprises en ce sens, quitte à utiliser des humoristes si ces derniers rejoignent davantage les garçons.

6.     Une discipline sportive plutôt que militaire. Motiver les élèves en s'inspirant des méthodes sportives gratifiantes plutôt que de vieilles méthodes de disciplines militaires punitives. Ainsi, mettre de l'avant les défis personnels, la compétition, l'esprit d'équipe, les prix, etc., dans les règles de vie de l'école plutôt que les retenues, les réprimandes, les devoirs supplémentaires.

7.     Après l'école, plus d'école. Le moins de devoirs possible. C'est en classe que tout se passe. Ne pas supposer que les élèves vont s'autodiscipliner par eux-mêmes et prendre la responsabilité de prolonger l'apprentissage scolaire à l'extérieur de l'institution. Ils vont par contre le faire d'eux-mêmes s'ils en ressentent véritablement le besoin, comme lorsqu'ils s'entraînent pour devenir meilleurs dans un sport.

Ces quelques principes ne sont que des suggestions personnelles et elles n'émanent d'aucune théorie scientifique. Elles sont issues de mon expérience personnelle d'enseignant au collégial, de mes discussions avec les élèves à ce sujet depuis plusieurs années et de mes lectures concernant les difficultés d'apprentissage des garçons.




L'école de tous les maux

07 09 2008

Encore un discours méprisant sur les jeunes de la part d'un enseignant! C'est désolant. Dans le texte Connaissez-vous Adolf Éclair paru le 2 septembre, Patrick Moreau reprend un propos passéiste et répétitif qui rejoint celui du Frère Untel.

Pour donner plus de poids à ses opinions personnelles condescendantes envers les élèves, l'enseignant de littérature du cégep Ahuntsic utilise un ton sentencieux qui en impose en supposant des consensus là où il n'y en a pas. Selon lui, toutes les personnes sérieuses et intelligentes seraient d'accord avec son constat de la complète déliquescence de la culture des jeunes d'aujourd'hui, sauf les idéologues « jovialisants » du MELS.

Belle argumentation de la part de quelqu'un qui déplore l'échec du monde de l'éducation à fournir les outils essentiels des habiletés intellectuelles! Un appel à la majorité suivi d'une attaque contre la personne lui suffisent pour mettre K.-O. d'entrée de jeu tous les opposants à son opinion personnelle.

Mais qu'en est-il du fond de l'enjeu soulevé par l'auteur? Est-ce que les jeunes sont presque tous des cancres dans toutes les disciplines? Est-ce que l'élitisme remédierait au supposé problème? Est-ce que les démoniaques jeux vidéo seraient à l'origine de l'enfermement intellectuel des jeunes?

Au lieu de s'embourber dans le magma des opinions personnelles, aussi bien répondre par quelques faits.

Dans les années 70, les élèves de cégeps n'avaient pas à subir d'épreuve uniforme de français afin d'obtenir leur diplôme comme aujourd'hui. Dans leur programme d'études, ils ne passaient pas également d'épreuve synthèse de programme. Jusqu'à la Réforme Robillard, en 1994, ils ne suivaient que quatre cours de littérature de trois heures, au lieu de quatre cours de quatre heures comme maintenant.

De plus, bien souvent, les élèves pouvaient donner leurs travaux à des secrétaires, qui non seulement les dactylographiaient, mais aussi les corrigeaient, avant de les remettre à leurs enseignants. Bref, les mesures de suivi et de contrôle étaient minimes dans les cégeps d'alors. Ainsi, combien d'élèves incultes et presque illettrés ont obtenu leur diplôme dans ces belles années? Et ce laxisme continuait à l'université.

Par contre, si l'on veut rester dans le domaine des opinions personnelles, comme l'a fait Patrick Moreau, opposons plutôt nos propres impressions.

J'enseigne au niveau collégial depuis 18 ans, tant en littérature qu'en philosophie. Au contraire de ce qui ressort des propos de mon collègue, je remarque une amélioration de la qualité du français écrit de la plupart des élèves et j'en sais gré aux professeurs du secondaire. De plus, la majorité des jeunes d'aujourd'hui sont plus allumés, plus ouverts sur le monde et plus polis que les premiers élèves que j'ai côtoyés au début de mon enseignement.

Quand je donne aujourd'hui les mêmes exercices que je donnais autrefois, les résultats sont en nette progression. Je peux maintenant confectionner des exercices plus difficiles qu'alors afin d'offrir un défi intéressant aux élèves.

Évidemment, il reste toujours quelques « cancres » en classe, pour reprendre l'expression non péjorative de Daniel Pennac. Et c'est là que réside le danger de la généralisation hâtive qui résulte souvent, comme le dit si bien Pennac, de la collision entre le savoir du professeur et l'ignorance de l'élève.

Tout l'art de l'enseignement consiste justement à comprendre l'ignorance des élèves dans une discipline et à les amener vers le savoir. Pas à les écraser de sa « supériorité » scolaire…




Ce qui intéresse les jeunes de 18 ans et plus

29 04 2008

Tiens, une fois n'est pas coutume. Comme nous sommes en période de désaffiliation syndicale à mon Collège et que je prends part au débat de façon particulière, je n'ai pas le temps d'écrire beaucoup ces jours-ci. De plus, je dois remettre bientôt mon manuel d'activités pédagogiques originales. J'ai une quinzaine d'exercices transcrits et mis en forme. J'en ai 40 autres à récrire d'ici deux semaines. Ouf! Finalement, il y a les corrections de fin de session qui entrent régulièrement et le déménagement à préparer. Bon, j'ai fini de me plaindre. Heureusement, j'ai d'excellents élèves dans mes groupes. Ils ont entre 17 ans et 20 ans.

Voici la liste des sujets d'exposés de mes élèves dans le cours d'Éthique et politique, orientation Arts et lettres. Cela peut vous donner une idée de ce qui préoccupe les jeunes d'aujourd'hui.

Voici donc les thèmes abordés : la jeunesse chez les mannequins; l'implication des artistes pour une cause; les publicités controversées de Toscani; la drogue et les arts; la musique dérangeante; l'obsession de la beauté et de la minceur; la liberté d'expression dans les médias; les caricatures de Mahomet et la cyberintimidation. Voilà un aperçu du contenu des trois derniers cours de la session. J'ai hâte d'entendre ce que les élèves ont à dire!




L'école discriminatoire envers les garçons?

25 04 2008

L'accent mis sur l'acquisition et la maîtrise de la langue d'enseignement en éducation dès le primaire, puis au secondaire et maintenant au collégial et à l'université, désavantage les garçons à tous les niveaux du système. Puisqu'on sait depuis plusieurs années que les garçons ont de la difficulté à maîtriser la langue maternelle et la motricité fine, il serait urgent de valoriser d'autres aspects des connaissances et habiletés à l'école.

On le remarque à tous les niveaux, du primaire à l'université, lorsqu'on corrige les travaux écrits des élèves on peut facilement dire, seulement en regardant la calligraphie, de quel sexe est l'élève qui a remis la copie. Il y a bien sûr des exceptions. Quelquefois, des garçons écrivent bien, leur copie est propre et l'orthographe respecte les règles. Inversement, il arrive aussi que des filles remettent des copies malpropres et « bourrées » de fautes. Mais ce sont des exceptions.

Comme tout l'accent est mis en éducation sur la maîtrise de la langue d'enseignement et la propreté, les élèves pénalisés le plus souvent, dès leur entrée à l'école, se trouvent être des garçons dans la vaste majorité des cas. Et cela se perpétue et s'accentue au secondaire et au collégial.

L'école n'est pas une affaire de filles, comme certains le prétendent. Les garçons pourraient très bien s'épanouir à l'école s'il y avait plus d'hommes dans le milieu scolaire, si plus de pères s'occupaient des devoirs de leurs enfants et si l'on valorisait d'autres aspects de l'éducation à l'école, comme les mathématiques, les sciences, l'informatique, l'éducation physique, etc.




Le niveau monte ou baisse?

18 04 2008

Contrairement à ce que véhiculent plusieurs personnes du milieu de l'éducation et d'autres intervenants dans des reportages récents, le niveau (de quoi au juste?) ne baisse pas. Au contraire, je dirais plutôt que les exigences scolaires montent.

Ainsi, dans le « bon vieux temps » des débuts de l'enseignement collégial, les élèves pouvaient fréquenter les cégeps sans jamais écrire un seul travail en français et en philosophie. C'était souvent les secrétaires qui tapaient les textes et les corrigeaient avant que l'élève remette son travail au professeur. De plus, les cours étaient beaucoup moins exigeants qu'aujourd'hui où les professeurs sont tenus de présenter des plans de cours de plusieurs pages avec des objectifs précis qui correspondent à des devis ministériels et des plans-cadres.

Il n'était pas rare, dans les années 70 et 80, d'avoir un plan de cours d'une page, même pas dactylographié… Il y avait plusieurs professeurs qui ne donnaient jamais de cours. Ils présentaient les livres à l'étude et l'échéancier des travaux à remettre pendant la session. C'était tout. Impensable aujourd'hui!

Maintenant, les élèves suivent des cours de la part de professeurs qui ont été évalués par les administrations des collèges. Les professeurs doivent non seulement respecter les plans-cadres et les devis du MELS, mais également les règles d'évaluation des programmes ou des départements. Souvent, ils doivent remettre des notes qui correspondent à des grilles de corrections très strictes. Auparavant, les professeurs pouvaient évaluer de façon plutôt douteuse, à la tête du client…

En plus, les exigences à l'intérieur des cours ont toujours tendance à augmenter avec le temps. Les heures d'études pour les élèves sont d'autant allongées.

Finalement, on a ajouté ces dernières années d'autres types d'évaluation pour encadrer davantage les élèves dans les programmes. C'est ainsi que sont apparues les épreuves synthèse de programme. En plus de l'Épreuve uniforme de français du MELS.

Bref, depuis plus de 15 ans, les exigences ne cessent d'augmenter au collégial. Les élèves doivent se soumettre à des examens à répétition à l'intérieur des cours de plus en plus contrôlés, à des épreuves synthèse de programme et, finalement, à l'Épreuve uniforme de français du MELS. Toute cette batterie de tests serait inutile, si l'on se fie aux qu'en-dira-t-on?

Non, au contraire, les encadrements des professeurs et des élèves assurent un enseignement de qualité qui faisait défaut aux cégeps des « belles années » où tout était possible, le meilleur comme le pire. Actuellement, il y a plus de contrôle, moins de laisser-aller, mais surtout de meilleurs résultats.

Les élèves d'aujourd'hui sont nettement mieux outillés que les élèves des années 70 et 80 qui n'ont pas été si mauvais non plus. Arrêtons la nostalgie du bon vieux temps et du c'était meilleur avant. Peut-être que c'est aussi bien aujourd'hui? Peut-être même que le niveau monte? En tout cas, une chose est sûre, il ne baisse pas.




L'échec des garçons à l'école

14 04 2008

Récemment, on a publié des statistiques intéressantes sur la réussite des élèves à mon Collège. On se targuait, avec raison, du succès scolaire des garçons à l'Épreuve uniforme de français par rapport aux autres institutions collégiales. En effet, les gars réussissent dans une proportion de 85 % à peu près, comparativement à la moyenne provinciale d'environ 75 %. Sauf que la statistique cachait une réalité pour le moins troublante. Seulement quelque 300 élèves masculins s'étaient présentés à l'épreuve tandis que près de 600 filles avaient passé l'examen…

Dans les classes de français qui préparent à l'épreuve de français, les groupes sont constitués de seulement 33 % de garçons. Toujours. Si l'on considère que notre Collège accueille grosso modo une proportion de 55 % de filles et de 45 % de garçons, il y a donc une différence de plus de 10 % de garçons par rapport aux filles qui ne se rendent pas à l'épreuve ministérielle de français et qui n'obtiendront donc pas de diplôme. Et cela malgré toutes les mesures mises sur pieds par le Collège afin de favoriser la réussite des garçons.

Alors, que se passe-t-il sur le plan de la réussite des garçons à l'école depuis plus de dix ans qu'on a sonné l'alarme? Pas grand-chose. En fait, oui, il se passe des choses : on tente des expérimentations, on essaie d'expliquer le phénomène et l'on met de l'avant certaines mesures. Mais les résultats ne sont pas encore assez probants pour être reconnus comme une avenue qui mettrait en échec l'échec des garçons à l'école.

François Guité, encore lui, a fait un travail remarquable de synthèse et de compilation d'études récentes sur le sujet ici.

De mon côté, plus modestement, j'ai publié quelques articles dans les journaux depuis dix ans sur les difficultés scolaires des garçons. Voici les principaux : Pôvres gars; histoire de filles; Réussir gars; Les mâles; Les désavantages.

Par ailleurs, vous pouvez suggérer des pistes de réflexion à Mario qui participera à un panel sur le sujet jeudi prochain dans le cadre du Colloque sur la réussite éducative.

Quant à moi, je suis de plus en plus tenté d'expliquer les problèmes des garçons à l'école par quatre facteurs principaux. Le rôle effacé des pères dans l'éducation, l'incapacité des professeurs à comprendre les difficultés d'apprentissage (la collision entre le savoir et l'ignorance, selon Pennac), l'omniprésence des jeux vidéo dans l'imaginaire des garçons et la désuétude du système d'enseignement qui ne peut s'adapter aux nombreux changements rapides dans la transmission des savoirs.




L'intelligence, c'est...

06 04 2008

« L'intelligence, c'est de vouloir l'être... » C'est ainsi que mon fils de 17 ans entreprit une discussion ce matin à table pour le déjeuner (petit-déjeuner pour les Français). Je ne me souviens plus à partir de quel sujet de l'actualité il a élaboré sa savante théorie.

Comme tous les membres de la famille se sont mis à rire à la suite de sa réplique, j'ai répondu immédiatement qu'il devrait aller écrire ses pensées profondes avant de les oublier. Plus tard, il pourrait les publier sous forme d'aphorismes comiques. Car, ai-je osé ajouter, « l'intelligence, c'est de ne pas l'oublier ». Autre formule énigmatique qui prête à de multiples interprétations.

Autre éclat de rire familial. Décidément, la journée commençait bien. Mots d'esprit sur l'intelligence qui ne se définit pas, avec les enfants en plus, c'était le paradis.

Et voilà que la petite dernière de 13 ans en rajoute en concluant : « De toute façon, l'intelligence, c'est trop songé… » Plusieurs heures plus tard, après plusieurs autres éclats de rire, on réfléchit encore à la question.

L'intelligence, c'est…?




Le niveau monte!

27 03 2008

Depuis plus de 17 ans, j’enseigne à des élèves âgés de 17 à 20 ans. Je rencontre au bas mot 300 élèves par années. Cela veut dire, si mes calculs sont exacts, que j’ai côtoyé à peu près 5100 jeunes depuis mes débuts dans l’enseignement.

 

Un constat se dégage d’année en année : le niveau monte. Les élèves que j’ai cette session sont bien meilleurs que les élèves à qui j’ai enseigné il y a 15 ans. Ils sont meilleurs, autant dans leurs résultats scolaires que dans leur écoute active en classe. Les exercices que je donne, les activités de toutes sortes effectuées en classe et les examens que je distribue sont bien mieux réussis qu’auparavant.

 

On dira que le professeur s’améliore aussi avec l’expérience et que cela a des conséquences sur les résultats scolaires de ses élèves. Certes. Mais la qualité des travaux remis, la maîtrise plus grande de la langue, les développements mieux structurés des travaux écrits, etc., tout cela relève davantage de l’investissement dans les études de la part des jeunes.

 

Je m’amuse souvent à donner exactement les mêmes exercices et les mêmes examens ou travaux à mes élèves actuels que ceux que j’ai donnés il y a une quinzaine d’années. Les résultats sont spectaculaires. Là où la majorité des élèves peinaient à répondre correctement à des questions, aujourd’hui presque tous les élèves trouvent les réponses sans problèmes. Et le nombre de fautes d’orthographe est en chute libre!

 

Évidemment, il y a encore de la place à l’amélioration. Mais justement, amélioration il y a eue. Je félicite pour cela les professeurs du secondaire qui préparent de mieux en mieux les élèves au niveau collégial.

 

Lorsque je compare les copies des élèves d’aujourd’hui à celles des élèves d’il y a quinze ans à peine, je remarque une nette progression de la compréhension de la matière et de la façon de l’exprimer. Le niveau monte, c’est indéniable. Merci aux professeurs du secondaire.




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