Internet rend-il idiot?

10 08 2009

Il y a d'abord eu la mémoire, ensuite le livre, maintenant Internet. Le texte retenu, mémorisé et transmis par la parole. Ensuite le texte écrit et imprimé, transmis par différents supports jusqu'au papier. Maintenant, les signes numérisés, supportés par les écrans. La mémoire qui mémorisait les histoires a commencé à laisser des traces sur les textes. Maintenant, les textes vont s'empiler dans des mémoires électroniques de façon presque imperceptible par l'esprit humain. Et sur Internet, l'éphémère règne. Du site Internet rempli de contenu à sens unique, du concepteur vers le récepteur-lecteur, on est passé au blogue interactif plus court. Les textes doivent être courts pour que les lecteurs réagissent. Puis, pour faire plus court encore, on est rendu à Facebook et à Twitter, qui remplissent de plus en plus l'espace virtuel de la toile. On se limite à des bribes de mots, d'un paragraphe à quelques caractères. C'est de l'atrophie intellectuelle. Internet célèbre la mort de l'écriture continue, des expériences littéraires de longue haleine.

À lire absolument, un dossier du New York Times sur l'influence de l'Internet sur la lecture, traduit ici. Goolge nous rend-il idiots?




Le retour de la Lanterne

23 04 2009

Juste un petit mot pour vous dire que mon site internet La Lanterne de Diogène est de nouveau en ligne à ces deux nouvelles adresses: sur le serveur du Collège ici et aussi chez Prof Web.




La philosophie pour la philosophie?

10 11 2008

« Nous n'avons pas retenu votre candidature pour le poste d'enseignant parce que vous semblez accorder plus d'importance à la pédagogie qu'à la philosophie. »

C'est l'explication qu'on a fournie à un candidat pour le poste d'enseignant de philosophie dans un cégep à la suite d'un comité de sélection. Wow! La pédagogie serait-elle suspecte?

Cette remarque rejoint une autre phrase entendue lors de rencontres provinciales des coordonnateurs des départements de philosophie : « L'approche par compétences est dangereuse, car elle dilue la matière (le contenu proprement philosophique des cours) au profit d'habiletés génériques telles que critiquer, analyser, comparer, etc. Cela ouvrira la porte à n'importe quel enseignant qui va pouvoir prétendre donner des cours en atteignant ces objectifs, quelle que soit sa formation universitaire. »

La philosophie pour la philosophie, ce serait une fin en soi? Au collégial, en 2008, l'enseignement de la philosophie devrait coller aux textes quasi sacrés de la tradition gréco-latine, parce que si l'on s'en éloignait, on risquerait de diluer la matière?

Pour résister au courant qui remet en question l'avenir de l'enseignement obligatoire de la philosophie au collégial tous les dix ans, isolons-nous dans notre tour d'ivoire. D'accord, à la rigueur, on peut bien établir quelques liens avec l'actualité, voire donner à lire d'autres textes que ceux de Platon et de Descartes, mais replions-nous sur la spécificité de notre discipline : l'étude de textes de philosophes reconnus, l'analyse de leurs textes, l'explication de leurs textes, la critique de leurs textes afin d'aboutir à une dissertation philosophique dans les formes statufiées par la tradition.

Ce n'est pas que le passé vénérable de la philosophie devrait être suspect, mais la pensée n'évolue-t-elle pas avec la société et l'avancement des sciences et des savoirs? Et pour que l'enseignement de la philosophie à des jeunes de 17 à 19 ans soit attrayant, vivant et dynamique, les enseignants ne devraient-ils pas s'intéresser davantage à la pédagogie, à la réalité des jeunes, à la société dans laquelle ils évoluent, aux avancées technologiques et scientifiques et, surtout, utiliser tous les moyens à leur disposition afin d'agrémenter leurs cours?

L'argument massue du nivellement par le bas, qui consiste à dire que rendre les cours plus attrayants c'est nécessairement diminuer les exigences, témoigne d'une conception judéo-chrétienne de l'enseignement. On doit travailler dur pour mériter son paradis. De la même façon, les élèves doivent trimer fort afin d'atteindre la note de passage. Facilité rime avec luxure et péché. Plus un cours est difficile, meilleur il est.

Bizarrement, les enfants apprennent davantage en s'amusant. Apprendre, pour eux, est un plaisir. Pourquoi vouloir dissocier plaisir et apprentissage? Ce n'est pas parce que des concepts, des notions et des savoirs sont abstraits et difficilement atteignables qu'il faut nécessairement souffrir pour les acquérir. On peut enseigner le théorème de Pythagore de façon amusante. De même pour l'allégorie de la caverne.

À force de protéger l'enseignement de la philosophie en se rabattant constamment sur la tradition et les traditionnelles méthodes magistrales d'enseignement, on risque de se couper du monde et de devenir obsolète. Une matière morte, comme une langue morte. Enseigner le latin pour le latin, parce que cela constituait une bonne formation de base et facilitait l'apprentissage du français, n'a pas protégé l'enseignement de cette discipline.

Rappelons-nous que ce sont les jeunes qui ont « subi » l'enseignement traditionnel de la philosophie dans les cégeps qui ont voulu abolir deux cours obligatoires avant la réforme Robillard. Et ce sont encore les jeunes, dans les partis politiques, qui remettent en question l'enseignement déconnecté de la réalité de cette discipline. Si l'on se coupe des jeunes et de leurs préoccupations, en se cantonnant sur nos positions traditionnelles de l'importance en soi (ou intrinsèque) de la philosophie, on se coupe de l'avenir.




Romans philosophiques

19 10 2008

La semaine dernière, un élève m'a demandé  de lui dresser une liste de bons romans à caractères philosophiques. Il ne sait pas encore dans quelle discipline il va s'inscrire à l'université, car il hésite entre les deux disciplines. Peut-être un diplôme bidisciplinaire? Il y a là un risque, car les départements de philosophie et de littérature au niveau collégial n'acceptent pas les candidats qui n'ont pas au moins un bac spécialisé dans une des deux matières. Autrement dit, alors que les universités affirment que les programmes bidisciplinaires donnent accès à l'enseignement collégial dans les deux disciplines, philosophie et littérature, la réalité est tout autre. Ces programmes ne donnent pas du tout accès à l'enseignement collégial, à moins de se spécialiser en complétant une maîtrise dans l'une ou l'autre des disciplines.

Quoi qu'il en soit, j'ai parcouru rapidement une première bibliothèque à la maison afin de sélectionner rapidement quelques livres à la fois romanesques et philosophiques. Voici ce que j'ai trouvé. Je vais continuer la liste une autre fois en parcourant mes autres bibliothèques dans mon bureau. Je n'ai pas mis les noms des auteurs, ni plusieurs romans du même auteur, afin de ne pas alourdir la liste.

·        Fahrenheit 451;

·        Le meilleur des mondes

·        La ferme des animaux

·        L'insoutenable légèreté de l'être;

·        La nausée;

·        L'étranger;

·        L'alchimiste;

·        Soie;

·        Le grand cahier;

·        Fictions;

·        Palomar;

·        Bouvard et Pécuchet;

·        Jacques le fataliste;

·        Candide;

·        La divine comédie;

·        Don Quichotte;

·        La métamorphose;

·        Les lettres persanes;

·        Les chants de Maldoror;

·        Madame Edwarda;

·        1984;

·        Émile;

Cette liste n'est pas exhaustive, évidemment, et elle sera complétée dans un autre billet. Vous pouvez, bien sûr, me suggérer d'autres titres. ;-)

 




Films pour les cours de philo

11 02 2008

Voici la liste de films que je suggère de voir à mes élèves selon la matière vue en classe. Dans le premier cours, le 103, je projette en classe Troie et une partie de La Matrice. Dans le 102, je fais voir Passions secrètes et une partie Des Temps modernes. Dans le dernier cours, Éthique et politique, je présente Orange mécanique. Les autres films de la liste ci-dessous représentent seulement des suggestions. J'en parle à l'occasion pour donner des exemples aux élèves. Les points de repère sont alors plus faciles à trouver quand la majorité des étudiants ont vu le même film.

Par exemple, cette semaine je parle de Nietzsche en classe. Je vais donner des exemples du surhomme et de la volonté de puissance en faisant référence à des scènes de Citizen Kane, de L'Aviateur, de Apocalypse Now, de 2001 L'Odyssée de l'espace, de Fight club et d’Orange mécanique.

Films pour les cours de philo

Batman 1 et 2, films de Tim Burton (Sleepy Hollow, La Planète des singes, Édouard les mains d'argent, L’Étrange Noël de Mr Jack, etc.) sur la perception du bien et du mal. Inversions des concepts du bien et du mal. Éthique et politique

Soleil levant, l'apparence comme illusion de la vérité, ou le monde des apparences trompeuses. 103

300, de Zack Snyder. Bataille de spartiates à l'origine de l'identité grecque. 103

Troie, conflits entre les mythes, la religion et la raison. 103

Obsession, film sur le difficile pardon dans la société d'aujourd'hui. Avec Jack Nicholson incarnant un père vengeur qui demande finalement pardon à l'assassin de sa fille Éthique et politique

Orange mécanique film culte de Stanley Kubrick sur l'évolution de la morale dans la société et sur le difficile contrôle des pulsions humaines. Éthique et politique

La matrice I, film inspiré, entre autres, de la mythologie et de l'allégorie de la caverne de Platon. 103

L'île, sur le clonage et l'Allégorie de la caverne. 103

Sleepy Hollow, un film de Tim Burton, dans lequel on voit encore comment la normalité est mise à partie. Où il est beaucoup question de la vérité et des apparences et du conformisme comme forme de totalitarisme Éthique et politique. Une sorte de deuxième version de son film Edward Scissorhands.

Blade runner sur l’essence de l’être humain, la liberté et le déterminisme. 102

Crash, de David Cronenberg, où l'instinct de vie et de mort s'échangent la voie… 102

Fargo, film des frères Cohen sur le bien et le mal, la vie et la mort, et leurs fausses apparences.

Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand, sur la crise des valeurs de la société contemporaine Éthique et politique.

La vie de David Gale, d’Alan Parker, sur la vérité et l’apparence trompeuse. 103.

Le fils de l'homme sur les dangers qui menacent l'espèce humaine. Éthique et politique

C'est l'Apocalypse, de Francis Ford Coppola, inspiré librement d'un roman de Joseph Conrad, illustration de la philosophie de Nietzsche. 102

Cinéastes philosophes

 

Les films de Kubrick, des frères Cohen, de Martin Scorsese, de Tavernier, de David Lynch, de Quentin Tarantino, de Christopher Nolan, écrits par Andrew Niccol, de Michael Moore, de Lars von Trier, de Denys Arcand, de Woody Allen, de Francis Ford Coppola, etc.

D'autres films intéressants pour les cours de philosophie

Rapport Minoritaire

Intelligence artificielle

La liste Schindler

Simone

Bienvenue à Gattaca

Truman show

Memento

Insomnia

Harold et Maud

Big Fish

Dogville

Crash de Paul Haggis, sur le racisme

La Fille d’un million de dollars de Clint Eastwood sur l’euthanasie

Brokeback Mountain

La Constance du Jardinier

La Grande Bouffe

Crazy

Le Parrain

Les Femmes de Stepford

L’enfant sauvage

Tu ne tueras point

Le Prestige

Fight club

2001, L'Odyssée de l'espace

 

Avez-vous d'autres suggestions à me faire?




Expérimenter l'enseignement théorique

02 02 2008

D'abord, capter l'attention des élèves. Afin de présenter le doute méthodique de Descartes, je vais distribuer en classe quelques illusions d'optique. J'ai trouvé sur Internet des centaines et des centaines d'illusions en tout genre. Je vais également essayer de déstabiliser les élèves avec des illusions de perception, chaud-froid, lourd-léger, etc. Par la suite, je tenterai de les étonner avec des hallucinations auditives.

En second lieu, je me transformerai en mathématicien fou qui essaie de résoudre une équation impossible à résoudre. Le défi consistera à mélanger les élèves en suivant un raisonnement en apparence logique, mais qui aboutit à une erreur.

Dans un troisième temps, montrer que la mémoire est une faculté qui oublie. Actuellement, je cherche des jeux de mémoire à apporter en classe afin d'illustrer ce dernier élément du doute méthodique de Descartes. Quelqu'un a une idée?

Je vais également présenter, en en faisant l'expérience en classe avec les élèves, comment notre volonté ne contrôle pas tout à fait notre corps. Jeux avec perte de contrôle de ses mouvements corporels. Habituellement très drôle.

Après toutes ces expérimentations, nous allons discuter du film Crash, de la Commission Bouchard-Taylor et de la nécessité de dépasser nos préjugés racistes avec l'aide de notre raison, si nous voulons vivre dans une société juste et équitable.

Le recours à la raison afin de résoudre toutes les difficultés rencontrées me permettra alors d'aborder de façon pratique la théorie rationaliste de Descartes. Il faudra éviter de présenter le célèbre cogito et les preuves de l'existence des choses matérielles de façon trop théorique.

La conclusion du cours devrait porter sur les limites de cette conception rationaliste de l'être humain en tirant de l'actualité des exemples de comportements tout à fait irrationalistes. Ce ne sera pas difficile à trouver. Finalement, parler de la nature sapiens-demens de l'être humain et discuter de la dimension Ubris de l'homme, comme l'appelait Edgar Morin, pour faire un lien avec le prochain cours qui portera sur Nietzsche.

Est-ce que l'être humain est essentiellement un être de raison qui contrôle parfaitement ses émotions? Ce sera l'interrogation finale qui devrait permettre de lancer le journal de bord des élèves.




Manuels scolaires : ouach!

31 01 2008

Je viens de terminer la lecture du premier chapitre d'un énième manuel sur le rationalisme. Le cœur me lève. C'est bien trop compliqué, tant par le vocabulaire que par la présentation des notions. Même pour moi qui possède une maîtrise en philosophie et qui enseigne dans cette discipline depuis 18 ans. À qui s'adresse l'ouvrage? À des élèves âgés de 16 à 20 ans qui viennent à peine de terminer leur secondaire... Trouvez l'erreur.

On dirait que les enseignants qui rédigent des manuels pour les cours du collégial s'adressent à des étudiants universitaires de la discipline ou, pire, à des collègues qu'ils tentent d'impressionner par leur savoir. Cela me dégoûte. D'autant plus que ces professeurs-auteurs enseignent sûrement de la même façon. L'étude de la philosophie à travers les textes, seulement les textes, les sacro-saints textes des philosophes qu'ils vénèrent comme des maîtres absolus.

Les manuels scolaires sont archaïques dans leur conception et leurs structures mêmes. Les auteurs semblent avoir arrêté de développer leur matériel didactique au XIXe siècle. Et tout ce qu'ils demandent aux élèves, c'est de faire comme eux : lire et écrire. Lire des extraits de textes et les commenter. Voilà toute leur pédagogie!

Le pire, c'est que des éditeurs impriment leurs manuels en pensant faire de l'argent sur le dos des élèves pris en otage dans les cours obligatoires de philosophie (ou de littérature). On essaie bien de maquiller ces lacunes par de belles mises en page, de la couleur, des encadrés, des images, etc. Ce n'est que du vernis de modernité. Le contenu reste trop statique et trop spécialisé.

À quand, par exemple, un manuel qui modernise un peu la présentation de Descartes en l'illustrant de nombreux exemples, en soulignant la faiblesse de certains de ses raisonnements et, surtout, en mettant l'accent sur ce que l'on conserve de son attitude rationaliste aujourd'hui?




Trois livres sans gras trans

27 11 2007

Je n'ai pas encore parlé des trois livres que j'ai lus dernièrement. La Secte des égoïstes, d’Éric-Emmanuel Schmitt, L'invention du plaisir, de Michel Onfray, et Un Ange cornu avec des ailes de tôles, de Michel Tremblay.

 

Tous les trois excellents, quoique par des biais différents. Le premier est un conte philosophique comme il ne s’en fait plus depuis le XVIIIe siècle. Il y a bien Calvino et Borges qui auraient pu en écrire de semblables. Par l’ironie et le faux sérieux, on se rend bien vite compte que Schmitt nous entretient de la tendance moderne à l’individualisme poussée à son paroxysme. Très drôle et divertissant, tout en faisant réfléchir sur notre tendance individualiste dans le monde de l’hypercommunication.

 

Michel Onfray parle également de nos travers en nous présentant les philosophes cyrénaïques que j’affectionne particulièrement. Si vous voulez me voir donner un cours déguisé comme Aristippe de Cyrène, allez voir ici. Le plaisir n’était pas coupable encore en ce temps d’avant la mauvaise conscience judéo-chrétienne dénoncée par Nietzsche, entre autres. Le texte de présentation d’Onfray est un peu décevant, car plus il tente de justifier la pertinence et l’importance des cyrénaïques, moins il est convaincant. Onfray écrit bien, trop bien, c’est un peu emberlificoté comme argumentation.

 

Finalement, le dernier livre, celui de Michel Tremblay est comme du bonbon. On sait toujours à quoi s’attendre de Tremblay : un style efficace qui coule de source, de belles histoires et des portraits de notre identité aux multiples visages. Là où Tremblay excelle, c’est lorsqu’il analyse les sentiments contradictoires des êtres humains devant leur destin. Fin observateur et descripteur, Tremblay débusque les états d’âme toujours ambivalents de ses personnages. On veut être quelque chose aux yeux des autres, mais on n’y parvient toujours pas. C’est cela que Tremblay met en lumière à travers ses personnages hauts en couleur.




Sur l'enseignement de la philosophie et de la littérature

11 09 2007

Réplique aux textes sur l'enseignement de la littérature et de la philosophie au collégial

 

Bonjour M. Cornellier,

 

D'abord, félicitations pour votre livre, Lettre à mes collègues sur l'enseignement de la littérature et de la philosophie au collégial (Nota Bene, 2006), qui lance un débat intéressant. Permettez-moi d'emprunter une perspective divergente de celles utilisées jusqu'à maintenant lorsqu'on aborde la question de l'enseignement de la littérature et de la philosophie. Pour moi, ces deux disciplines ne sont pas différentes des autres matières. J'ai eu des professeurs aussi intéressants en mathématiques et en physique qu'en philosophie et en littérature. J'ai également eu des professeurs inintéressants qui rendaient les cours rébarbatifs dans toutes les disciplines malgré l'engouement des élèves pour la matière.

 

Maintenant, voici comment j'envisage personnellement l'enseignement de la littérature et de la philosophie. J'ai toujours cru au dynamisme dans l'art de transmettre des connaissances. Pour expliquer une matière, il faut savoir enseigner pour ses élèves. Il faut savoir attirer leur attention, les maintenir dans un état d'écoute et de participation jusqu'à la fin des cours. Plusieurs méthodes permettent d'atteindre ce résultat, dans toutes les disciplines : étonner, donner des exemples connus, raconter des histoires, créer des débats, raconter des blagues, actualiser le contenu, utiliser le jeu, favoriser les échanges, utiliser divers outils pédagogiques, développer la créativité, ne pas hésiter à avoir recours au cinéma, au théâtre et à la musique, bref varier le plus possible les activités d'apprentissage. Toutes les méthodes pédagogiques sont bonnes pourvu qu'elles soient appropriées à la matière enseignée et aux capacités des élèves.

 

Au collégial, la plupart des élèves âgés de 16 à 19 ans ne lisent jamais autrement qu'à l'école. Il y a des exceptions, mais un professeur s'adresse d'abord et avant tout à la majorité de ses élèves. Au départ, pour remplir sa fonction d'enseignant, il doit viser la réussite de tous les élèves à qui il enseigne. C'est dans la définition même de sa tâche de favoriser l'apprentissage de tous les étudiants qu'il aura sous sa gouverne.

 

Le seul problème réel dans l'enseignement de la philosophie et de la littérature réside, d'après moi, dans l'idéalisation de la matière enseignée par certains professeurs du collégial qui se prennent quelquefois pour des enseignants universitaires. L'enseignement collégial étant défini comme niveau supérieur, les élèves devraient prendre conscience du degré d'enseignement dans lequel ils s'inscrivent en accédant au collégial, affirment-ils, et ils devraient fournir les efforts nécessaires sans besoin de stimulations. Les professeurs de cégep qui soutiennent cet argument du rang supérieur de l'enseignement collégial se cachent souvent derrière ce paravent pour ne pas avoir à fournir eux-mêmes d'efforts afin de rendre leurs cours intéressants.

 

Certains enseignants de cégep de philosophie et de littérature prétendent aussi que leur matière recèle en elle-même des vertus pédagogiques qui justifient un enseignement sclérosé. La philosophie et la littérature seraient par elles-mêmes formatrices. Pas besoin d'ajouter des éléments de méthodes pédagogiques qui vont divertir du contenu « ontologiquement » essentiel des matières enseignées.

 

Toutefois, les professeurs de cégep qui adoptent ces arguments fallacieux ne sont pas légion. Ils enseignent à une minorité; aux élèves les plus doués qui n'ont pas réellement besoin de professeurs pour les stimuler à apprendre. Ils se justifient des hauts taux d'abandons et d'échecs dans leurs cours par des discours abscons sur la pertinence de leur matière et son caractère indispensable et formateur pour le citoyen. Ainsi nimbés d'une nécessité presque sacrée, ces professeurs de philosophie et de littérature deviennent des prêcheurs intouchables.

 

Cependant, la majorité des professeurs du collégial prennent leur rôle de pédagogues au sérieux et cherchent par tous les moyens à rendre leurs cours captivants même quand leurs disciplines ne sont pas dans l'air du temps. Et ils y parviennent la plupart du temps. Heureusement!




On est tous esclaves de quelque chose

01 04 2007

Je donne Platon à lire à mes élèves et j'illustre l'allégorie de la caverne à l'aide de La Matrice. Je vais ajouter aux commentaires habituels que je fais sur le film, des commentaires sur l'esclavage d'aujourd'hui. Plusieurs fois dans La Matrice, Morpheus affirme que Néo et les autres sont esclaves de la matrice, sans le savoir.

De quoi est-on encore esclave, nous comme êtres humains? Certains sont esclaves de l'argent, ils ne pensent qu'à cela et cherchent tous les moyens d'en faire le plus rapidement possible, sans payer d'impôt et en évitant les taxes. Ils vendent leurs vieilles choses aussi. D'autres sont accros à la drogue, à l'alcool, au jeu, au pouvoir. Certains sont dépendants de la cigarette. Mais les pires, ce sont ceux qui ont besoin de chaînes pour faire quelque chose. Ceux qui sont tellement esclaves qu'ils ont besoin que papa ou maman les punissent ou les menacent pour faire quelque chose. Ils ont besoin que le professeur et l'employeur fassent la même chose. Ils ne font rien pour eux-mêmes. Tout ce qu'ils font, c'est pour obtenir des notes, de l'argent ou des vacances. Ils ne sont pas capables de libérer leur esprit des chaînes qu'ils traînent depuis leur enfance. Ils ne sont pas capables de travailler pour le plaisir ou l'accomplissement d'eux-mêmes. Ils ne sont pas capables d'étudier pour autre chose que les notes. Ils ne veulent pas éveiller leur esprit. Ils sont pris dans le tourbillon du système, comme le dit Morpheus à Néo lorsqu'ils se promènent dans la ville. Le pire, c'est qu'ils aiment ce système hiérarchique qui les ramène à la condition d'esclaves pour les machines qui les cultivent. Et le système économique mondial carbure à cette servitude volontaire!