Ce ne sera pas long

22 11 2009

La pièce de théâtre Sacré cœur, d'Alain Vadeboncoeur et d'Alexis Martin, propose des angles de vue fragmentée de la condition humaine et de l'urgence de vivre à travers la lorgnette d'une série d'anecdotes dramatiques se déroulant dans la salle d'urgence d'un hôpital.

Il y a de tout dans cette pièce à plusieurs niveaux de compréhension. De la philosophie, de la poésie, de la comédie, de la médecine, de la vie, de la mort, de la littérature, du théâtre, de la performance d'acteurs, du plaisir et tout cela est assaisonné d'un soupçon d'humanisme constant, même dans les moments les plus durs de la pièce.

Le brio d'Alexis Martin, le metteur en scène, est d'avoir réussi à amalgamer tous ces ingrédients dans une trame narrative où se retrouvent presque les unités de formes, d'action et de temps. Car tous les fragments de vie qu'on rencontre dans cette salle d'urgence entretiennent un rapport étroit avec le personnage central, l'urgentiste de nuit, qui sera transformé par une erreur médicale qu'il commet devant des témoins médusés.

Cela aurait pu être un drame, voire une tragédie, mais la touche d'humour qui traverse toute la pièce permet d'avaler la pilule avec un sourire.

Les comédiens sont d'ailleurs tous transportés par l'histoire de cette nuit à l'hôpital et ils vont puiser au plus profond d'eux-mêmes pour nous émouvoir. La direction d'acteurs est exemplaire et aucun comédien ne jure dans ce décor aseptisé. L'urgentiste direct, froid, sec, vindicatif, tourmenté, humain, fatigué et complètement démoli à la fin est magnifiquement incarné par Stéphane Demers. Édith Paquet joue une infirmière douce, compréhensive, attentive, sensible et aimante de façon touchante et attachante. Quant à Muriel Dutil, elle est simplement remarquable dans tous les personnages qu'elle rend de façon plus véridique les uns que les autres. Finalement, Alexis Martin et Jacques L'Heureux s'amusent manifestement à interpréter des personnages fortement typés qui nous font tantôt sourire, tantôt s'attendrir devant leur sort.

Bref, Alexis Martin et Alain Vadeboncoeur nous tendent la main gentiment, en attendant, pour que le moment venu, ce ne soit pas trop long.

 




L'écriture cursive en voie de disparition

12 11 2009

Au cégep, plusieurs élèves ne connaissent pas l'écriture cursive et cela cause d'innombrables problèmes. Plusieurs enseignants ne se rendent pas compte que les élèves ne sont pas capables de lire les notes qu'ils écrivent au tableau en lettres attachées. À l'université, le même phénomène a été observé dans plusieurs facultés des sciences de l'éducation. Les futurs maîtres ne savent pas tous lire l'écriture cursive et écrire en lettres attachées.

 

Maintenant, le problème se double d'un autre phénomène. On engage des enseignants au cégep qui n'ont jamais écrit en lettres attachées et qui vont enseigner sans jamais utiliser l'écriture cursive. J'imagine que c'est la même chose au secondaire où on abandonne l'écriture cursive progressivement. Sans compter que cette forme d'écriture n'est pas toujours enseignée même au primaire.

 

Par ailleurs, l'emploi de l'ordinateur et des cellulaires fait également disparaître la distinction entre les lettres majuscules et les lettres minuscules, de même que l'utilisation de la ponctuation.

 

Voilà où nous en sommes en éducation, et il faut tenir compte de ces phénomènes nouveaux reliés aux nouvelles technologies. Gros défis pour les enseignants qui utilisent l'écriture dans leur enseignement…

 




La Burqa intérieure

25 09 2009

Une belle femme s'est enlevé la vie hier étouffée dans sa burqa intérieure. L'expression n'est pas de moi, mais de Nelly Arcand qui disait aussi, pour décrire la prison dorée dans laquelle on enferme les femmes, la burqa de chair. Beauté plastique, chirurgie esthétique, botox, liposuccion, collagène, blanchiment des dents, orthodontie, teinture, maquillage, etc., ce sont des armes qui tuent. Pour le plaisir des hommes.

J'ai toujours pensé que les belles femmes sont aussi victimes de leur beauté, car elles sont prisonnières de leur image. L'image de la beauté calquée sur le désir masculin. Tout pour plaire aux hommes. Même si cela veut dire ressembler à de jeunes filles en fleur. Car le désir masculin se dirige tout droit vers la pédophilie, sans le dire. On projette partout l'image de la beauté féminine comme celle d'une jeune fille d'à peine 18 ans.

Les mannequins doivent se soumettre à des régimes alimentaires sévères pour rester, en apparence, jeunes et minces, pour ne pas dire maigres, sans défense. Et les femmes doivent ressembler à ces fillettes, pour suivre la mode.

Tout l'appareillage de la mode inculque le désir malsain de la jeunesse éternelle. Pour les femmes, cela veut dire lutter toute leur vie contre le temps, contre les transformations naturelles du corps féminin qu'on ne veut pas voir. D'où l'expression de Nelly Arcand de burqa intérieure ou de chair. Cette burqa que doivent porter toutes les femmes pour ne pas être vues. On ne veut voir que la jeune fille, à peine majeure, pour sauver les apparences. Pourtant, il y a quelque chose de maladif dans cette idéalisation de la beauté féminine adolescente. Quelque chose de tyrannique. Quelque chose qui tue.

 




Québec bashing

21 06 2009

Ce qui me désole dans la vente du Canadien de Montréal aux frères Molson, ce n'est pas la transaction d'affaires ou l'aspect hockey de la nouvelle, mais les réactions des partisans qui sont soulagés que le tricolore ne soit pas tombé entre les mains de Pierre Karl Péladeau ou de René Angélil, deux hommes d'affaires qui ne connaissent rien au sport national.

Outre que ce dernier point est faux, je veux bien accorder que les frères Molson ont grandi dans le vieux forum et qu'ils ont côtoyé les grandes équipes glorieuses du passé. De plus, la famille Molson est associée au Canadien depuis 1957. De cet aspect hockey, il n'y a rien à dire.

Mais pourquoi diable ajouter qu'il n'aurait pas fallu, pour rien au monde, que le club ne devienne la propriété d'un autre groupe de financiers québécois? Maintenant que l'on sait que les brasseurs de bière se sont associés à M. Thomson de Toronto, pourquoi un Québécois n'aurait-il pas pu faire l'affaire?

La réaction soulagée de certains partisans frise l'anti-Québécois pure laine (sans jeu de mots). On est fier que le club fondé pour donner une place aux Canadiens français soit encore la propriété de Canadiens anglais qui font leur argent en nous vendant de la bière et des jeux...

Sans compter qu'un des arguments entendus contre l'éventuelle vente à Péladeau, soit la concentration du pouvoir et des médias entre les mains de Quebecor, tombe puisque le groupe Thomson est propriétaire d'encore plus de médias (journaux, magazines, postes de télévision dont RDS, etc.). Convergence, vous dites?

Somme toute, c'est une bonne nouvelle que la Sainte-Flanelle redevienne la propriété de Montréalais, comme les frères Molson. Mais si Péladeau, Angélil ou même Bronfman avait mis la main sur le CH, cela n'aurait pas été plus mal. Au contraire.

Heureusement, ce matin, Réjean Tremblay remet les pendules à l'heure.





Le décrochage scolaire et les gars

11 05 2009

On sait que le décrochage scolaire au secondaire touche presque deux fois plus les garçons que les filles depuis des années, selon les statistiques officielles du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), soit près de 32 % des garçons et seulement 19 % des filles. Pourtant, on ne fait rien de bien nouveau dans le système scolaire pour remédier à la situation.

Bien sûr, plusieurs facteurs ont été avancés pour expliquer le phénomène. La Table des partenaires sur la persévérance scolaire Montréal résume ainsi la situation : « Les recherches ciblent plutôt le rapport, les attitudes ainsi que les stratégies que développent les garçons envers l'école et le métier d'élève, la socialisation dans la famille et à l'école, le rythme d'apprentissage et les facteurs sociaux tels que le milieu social dans lequel évolue l'enfant ou l'adolescent. »

Il y a plusieurs années, dans La Presse et sur mon propre site internet, j'ai énuméré d'autres éléments d'explication de l'écart entre les résultats scolaires des garçons et des filles : les pères absents dans le soutien scolaire à la maison, la place prépondérante de l'audiovisuel et des jeux vidéo dans l'univers culturel des garçons, le rôle du modèle de l'élève idéal passif et à l'écoute dans le système d'éducation, l'accent mis sur la théorie au détriment de la pratique en classe, l'importance de la variété des activités d'apprentissage correspondant davantage aux styles cognitifs différents entre les garçons et les filles, l'omniprésence et l'omnipotence de la langue (d'enseignement et secondaire) dans le système d'éducation, etc.

Plusieurs projets pilotes ont été mis en place afin de trouver des solutions concrètes à l'écart qui se creuse en éducation entre les garçons et les filles à tous les niveaux : classes non mixtes, programmes sport-étude, programme musique-étude, enseignement par projets, etc. Aucun projet pilote n'a cependant été implanté à grande échelle, car aucun n'a donné des résultats concluants et satisfaisants.

Bref, le problème du décrochage scolaire persiste et les garçons sont encore et toujours les plus durement touchés. Le rapport Ménard propose des pistes de solution qui seront empruntées par le MELS, selon la ministre Courchesne.

Toutefois, le bât blesse à un endroit précis et on semble s'aveugler collectivement pour ne pas le voir, car il y a une dimension politique et idéologique. C'est l'importance trop grande qu'a prise la langue d'enseignement dans le système d'éducation.

D'une part, les études montrent depuis de nombreuses années que les garçons maîtrisent moins rapidement les rudiments de la langue maternelle, quelle qu'elle soit, d'autre part, on tente de discriminer les élèves dès leur plus jeune âge sur cette base. Résultat : dès leurs premiers contacts avec l'école, les garçons se sentent exclus du processus, à l'écart, dévalorisés, pas sur le même pied que les filles.

Pénalisés dès le départ du parcours scolaire par leur moins grande maîtrise de la langue d'enseignement, il n'est pas surprenant que les garçons tentent de se valoriser ailleurs qu'à l'école. D'autant plus que l'école met de plus en plus l'accent sur la réussite scolaire qui passe nécessairement par la maîtrise de la langue d'enseignement. C'est devenu une condition sine qua non.

Autrement dit, la majorité des garçons sont pénalisés dès le départ par leur différence de maturation dans la maîtrise de la langue d'enseignement et on accentue leur exclusion du système en en faisant une condition sine qua non du succès scolaire.

Et la ministre Courchesne, comme toutes les personnes qui œuvrent dans le système d'éducation, veut mettre encore plus d'accent sur la maîtrise de la langue française et des langues secondaires dans le système d'éducation. Une façon efficace d'exclure encore davantage les garçons du cursus scolaire.

Répétons-le : l'acquisition de la maîtrise de la langue maternelle ne se fait pas au même rythme chez les garçons que chez les filles, en général. Il y a bien sûr des exceptions. Quelques garçons acquièrent plus tôt que d'autres les habiletés langagières. Certains deviennent enseignants et perpétuent le préjugé selon lequel l'éducation doit se faire au même rythme pour tous, le succès scolaire dépendant uniquement de l'effort mis à réussir.

Pourtant, les études les plus récentes et les observations les plus élémentaires le montrent : les garçons acquièrent plus lentement les habiletés langagières et la motricité fine. Dès le primaire, les garçons écrivent moins bien leur langue maternelle et ont plus de difficulté à former des lettres proprement.

Alors pourquoi vouloir mettre à tout pris l'accent seulement sur l'acquisition de la maîtrise de la langue dans le système d'éducation? Pourquoi nier les rythmes d'apprentissage différents de la langue maternelle à l'école et tout au long du parcours scolaire? Pourquoi s'aveugler sur les statistiques alarmantes quand on compare les résultats en français entre les garçons et les filles? Pourquoi ne pas voir que les classes de français 103 au collégial (le cours préparatoire à l'Épreuve uniforme en français) sont composées au 2/3 de filles? Et pourquoi inversement les classes de mise à niveau en français au collégial sont composées au 2/3 de garçons? Pourquoi ne pas dire clairement les choses et affirmer haut et fort qu'on sanctionne l'apprentissage plus lent des garçons quant à leur maîtrise de la langue tout au long du parcours scolaire? Et, par le fait même, qu'on discrimine involontairement les garçons à l'école?

Pourtant, il y aurait quelques pistes de solution à envisager. Ce sera l'objet d'un autre billet.




Un système privé public?

07 04 2009

Un jour, un peuple a décidé de financer un système public de services pour tous, quelles que soient les conditions financières des bénéficiaires. Après quelque temps, les plus riches de la société décidèrent de mettre sur pied leur propre système parallèle de services pour les mieux nantis. Un système plus efficace, mais réservé à une élite de la population seulement. Seuls ceux qui ont de l'argent peuvent utiliser ce système performant. Mais, pour être « équitable », tous les contribuables devront payer une partie du système privé pour les mieux nantis. Disons, 60% des coûts seront supportés par l'ensemble de la population. Ainsi, ce système sera un peu plus accessible à la population qui n'a pas les moyens des plus riches, mais qui est capable de se sacrifier par ailleurs en se serrant la ceinture pour bénéficier des services accrus.

Évidemment, tous paient pour qu'une petite partie de la population bénéficie d'un surcroît de services. C'est là une injustice criante. On la camoufle en disant que c'est pour le bien de tous. Évidemment, comme les plus riches paient une partie de leurs privilèges en plus de payer comme tous les autres pour le service public, on soutient que le système public ne pourrait pas répondre à la demande si on abolissait les privilèges du système privé. Si tout le monde revenait au secteur public, celui-ci croulerait sous la demande. Il faut que les plus riches puissent bénéficier de privilèges qu'ils se paient en partie pour que les moins fortunés puissent continuer de bénéficier de services de moindre qualité.

Même la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, a soutenu cette position dernièrement en affirmant qu'on ne pouvait tout simplement pas abolir les subventions de l'État aux écoles privées, car, ce faisant, on abandonnerait la population de la classe moyenne qui serait obligée d'envoyer leurs enfants dans les écoles publiques...

Alors, qui « reste » au secteur public du système de l'éducation, Madame la ministre?

Les sous-entendus de cette déclaration sont trop nombreux pour qu'on n'y accorde pas un autre billet prochainement.




Les sanglots de l'homme québécois

31 03 2009

Bernard Landry a été accusé d'avoir fait une dérive ethnique en commentant la nomination de Michel Sabias à la tête de la Caisse de dépôt et placement. Certains tentent de justifier ce choix en affirmant que le nouveau directeur général ne vient pas de la tribu québécoise (Québec inc.) et que cela sera une bonne chose. Sortons de la vision étroite et sectaire québécoise, soutiennent d'autres spécialistes de la finance.

Dans d'autres domaines, culturel notamment, il ne faut pas soutenir la spécificité québécoise trop fortement sous peine de se faire passer pour un vieux nationaliste dépassé, replié sur lui-même, ethnocentrique, raciste presque, xénophobe certainement, isolé du monde, ou encore vivant dans un passé folklorique.

La fierté québécoise est devenue suspecte. Elle renferme nécessairement du ressentiment. On aura beau protester de son ouverture d'esprit à l'autre, au monde entier, reste qu'il y aura toujours un soupçon. Pourquoi être fier d'être Québécois à l'heure de la mondialisation de l'économie et de la culture? Pourquoi favoriser l'identité, la ressemblance, les points en commun, l'enracinement, alors que l'air du temps est au mélange des genres, à la multiethnicité, à la différence, à l'ouverture à l'autre, à la globalisation, etc.?

Devrions-nous avoir honte d'être Québécois? Il faudrait définir le terme, disent les uns, Québécois inclusif ou Québécois exclusif? Québécois : habitant du Québec parlant français ou habitant du Québec sans autres attributs?

Je laisse ce débat à d'autres pour l'instant, ce qui est important pour moi maintenant est plutôt de décrire le sentiment de culpabilité ou de malaise qu'on ressent chaque fois qu'on met de l'avant la fierté d'être Québécois et qu'on doive se justifier devant les attaques sur les supposés sous-entendus du terme.

Le discrédit sur la fierté québécoise est tel qu'il faut regarder les émissions américaines en anglais, sous peine d'être déclassé comme unilingue francophone, ce qui est devenu une insulte. Il faut écouter les films en anglais, dans la langue originale, si on veut être in. Sinon, si on attend les traductions, on est fermé d'esprit et on ne goûte pas la pleine saveur du fruit. Il faut également lire les livres en anglais des auteurs anglophones pour montrer son savoir-faire, et cela coûte décidément moins cher que d'attendre, encore une fois, la traduction française qui, de toute façon, trahit toujours l'auteur.

La fierté d'être Québécois est mise à rude épreuve depuis quelque temps. Naguère, les compagnies américaines et canadiennes publicisaient leurs produits en soutenant la fierté des Québécois. Combien de campagnes de publicité des années 70 entonnaient le chant du nationalisme québécois? Aujourd'hui, serait-ce possible?




Deux Anglos à la tête d'institutions québécoises pure laine?

13 03 2009

Cette semaine, on envisage sérieusement la possibilité que deux Anglophones prennent la tête de deux institutions québécoises profondément ancrées dans les mœurs québécoises. Il s'agit de Don Lever comme entraîneur des Canadiens de Montréal et de Michael Sabia qui pourrait tenir les rênes de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Est-ce que ces deux possibilités de nomination à la tête de deux fleurons québécois auraient été envisageables dans les années 1970? Évidemment, cela aurait été impossible. D'autant plus que le club de hockey le Canadien de Montréal a été fondé il y a 100 ans pour donner une chance à des joueurs francophones du Québec de jouer dans la ligue nationale de hockey. Et la Caisse de dépôt et placement a été mise sur pied par Jacques Parizeau en 1965 pour donner un levier économique puissant aux Québécois et leur assurer un avenir stable.

Deux Ontariens (Lever est unilingue anglophone et Sabia parle avec un fort accent anglais) seraient les dirigeants de deux entreprises québécoises qui ont été créées afin de donner des possibilités d'avenir à des Québécois.

Le seul fait d'envisager sérieusement ces deux possibilités sans que cela ne provoque des vagues de protestations illustre bien l'état d'esprit des Québécois d'aujourd'hui. Pire, il se trouve de nombreux Québécois qui soutiennent et applaudissent ces deux nominations.

La devise des Québécois est-elle vraiment : Je me souviens?




Le mal qui ronge le Canadien

10 03 2009

Saku Koivu a encore eu la tête d'un entraîneur. Depuis 15 ans qu'il est dans l'organisation, les entraîneurs n'ont jamais fait plus de trois ans à la barre et l'équipe n'est jamais allée plus loin que la seconde ronde en séries.

Le pire, c'est qu'à la mi-saison cette année, le Canadien était quatrième au classement général et menaçait de prendre la première position dans sa conférence. Gainey avait d'ailleurs dit dans son bilan de mi-saison que son meilleur coup avait été l'engagement de Carbonneau.

Que s'est-il passé il y a huit semaines pour que l'équipe plonge ainsi dans les bas-fonds de l'inertie obligeant le directeur général à limoger son vieil ami? Koivu est revenu au jeu. En première moitié de saison, le capitaine avait manqué la majorité des parties et on avait apposé l'insigne du capitaine à Kovalev. Tout allait donc assez bien avant le retour de Koivu et Higgins. Maintenant, c'est la débandade sur la glace, même si l'équipe est encore en cinquième position dans la conférence de l'est.

Il va falloir que quelqu'un en haut lieu juge des transactions manquées de Gainey, des choix aux repêchages discutables de son équipe de dépisteurs, de l'évaluation douteuse des talents des joueurs de l'équipe et, surtout, du mal qui ronge l'équipe depuis 15 ans : Koivu, le protégé du propriétaire Gillet.

La solution pour que le Canadien redevienne l'âme d'un peuple? Elle se situe dans l'expression même et la fondation de l'équipe : engager des joueurs québécois à talent égal aux autres joueurs provenant d'ailleurs et redonner le club aux partisans en leur permettant de s'identifier à leur équipe. Évidemment, le premier geste dans ce sens de la tradition à conserver est d'échanger Koivu, un joueur mesquin qui ne pense qu'à lui. Ensuite, aller chercher un directeur général québécois audacieux comme l'était Serge Savard et, finalement, engager un coach qui comprend l'importance du club pour le peuple québécois, comme tous les entraîneurs récents du Canadien qui ont eu maille à partir avec Koivu : Carbonneau, Julien, Therrien, Vigneault, Gainey, etc.




Femmes de tous les pays, unissez-vous!

08 03 2009

Bon, j'espère que les femmes célèbrent bien cette journée internationale, car il reste du chemin à faire, comme en témoignent les statistiques dévoilées hier au Québec qui montrent que les femmes reçoivent 23% de salaires de moins que les hommes pour les mêmes emplois requérant les mêmes diplômes. Celles qui n'ont pas complété leur diplôme secondaire font 40% de moins que les hommes dans les mêmes conditions. Imaginons ce que les femmes subissent dans le reste du monde.

En fait, c'est Finkelkraut ou Bruckner qui affirmait que les attentats du 11 septembre 2001 représentaient le début de la troisième guerre mondiale dont l'enjeu principal serait la place et le rôle des femmes sur la planète.

Ici, au Québec, les femmes sont émancipées, mais gagnent moins que les hommes pour les mêmes emplois. Ailleurs, c'est encore souvent l'horreur. Parodions Marx: femmes de tous les pays, unissez-vous! Continuez le combat! Comme pour les propriétaires face aux prolétaires, les hommes ne donneront rien aux femmes à moins qu'elles leur arrachent. L'union fait la force.

Bonne chance!




Solitaire ou solidaire?

06 03 2009

Et si le capitalisme ne s'en remettait pas, contrairement à ce que pensent tous les observateurs-économistes qui prédisent une relance à un moment donné après que l'économie mondiale aura touché le fond du baril?

Mais si l'élastique du capitalisme basé sur le profit et le progrès s'était cassé, comme le prédisait Marx jadis. Si la course effrénée de la surconsommation sans fin et de la surabondance venait à son terme? S'il n'y avait plus de lendemains qui chantent? Qu'arriverait-il?

Probablement rien. Des millions de pertes d'emplois, de pertes de maisons. L'économie roulerait au ralenti. Les banques ne prêteraient plus à risque. Les gouvernements seraient dans le rouge et accumuleraient déficit par-dessus déficit. Il y aurait une plus grande pauvreté sur la planète.

On apprendrait l'autre sens du mot économie. Ce ne serait pas la pauvreté volontaire, mais imposée, dans les deux sens du terme. Certains s'en sortiraient mieux que d'autres.

Alors, on aurait le choix. On se sert les coudes, on devient solidaire, ou on poursuit la dégringolade du chacun-pour-soi et on continue d'être solitaire. Camus avait bien formulé l'alternative : solidaire ou solitaire? Là est la question…




Intimidation à l'école: tapez sur les fautifs!

27 02 2009

C'est drôle, la plupart des commentateurs qui s'indignent de l'intimidation qu'a subie David Fortin insistent sur le fait qu'il faudrait punir les coupables, c'est-à-dire sanctionner les tortionnaires de l'écolier. Dans la même envolée, comme une rengaine, les censeurs poursuivent la litanie : « aujourd'hui, il n'y a plus personne qui punit. Les parents, les professeurs, les gardiennes, etc., tout le monde a peur de sanctionner. On dialogue trop avec les enfants, on discute sans arrêt, on tergiverse. » Sous-entendu : une bonne claque derrière la tête ou sur les fesses n'a jamais fait de mal à personne! (Ce qui est faux, soit dit en passant.)

Il y a là comme une nostalgie de la taloche qui résout tout. Chaque fois qu'il y a des écarts de conduite étalés dans les journaux, on saute sur l'occasion pour vilipender le système de la douceur et de la compassion. On voudrait revenir au bon vieux système d'autorités qui impose le respect des hauts gradés, de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. Peuple à genoux. Ironie du sort, les plus revendicateurs de cet ancien système sont les mêmes qui défient toutes les autorités et qui s'en vantent constamment.

On a souffert étant jeune, faisons souffrir les jeunes d'aujourd'hui? Et si c'était cela, l'intimidation tant dénoncée?




Les conditions de travail des enseignants

23 02 2009

Quand j'ai commencé à enseigner, à 31 ans, j'ai subi une diminution de salaire de 10000$. Aujourd'hui, je gagnerais au bas mot 20000$ de plus, si j'étais resté au Devoir. Évidemment, j'ai un mois de vacances de plus durant l'été. Mais quel journaliste accepterait une diminution de salaire de 20000$ pour un mois de congé?

Cela étant dit, je me suis donné une seule règle de vie en commençant dans la profession d'enseignant : travailler le moins possible les soirs de semaine et les fins de semaine. Autrement, ce sont mes conditions de travail que je dégraderais en acceptant une surcharge de travail non rémunérée. La convention collective des enseignants stipule que la semaine de travail doit être de 32 heures et demie. L'excédant représente des heures supplémentaires non payées. L'argument voulant que les vacances d'été compensent les heures supplémentaires durant l'année est un leurre. Les vacances d'été sont déjà payées, d'une part par le salaire inférieur à celui d'autres professions comparables exigeant des diplômes semblables, et d'autre part par l'énergie et le temps dépensés en classe et hors de la salle de cours en encadrement et en réunions diverses.

Évidemment, cette règle de vie représente un idéal jamais atteint entièrement. La conscience professionnelle obligeant certaines entorses. Ainsi, il m'arrive quelquefois de travailler les soirs et les fins de semaine, pour corriger des travaux ou des examens. Mais le moins souvent possible. Pas par paresse ou par esprit syndicaliste mal placé, mais par souci de ne pas dégrader des conditions de travail tout juste acceptables. Il y a mieux dans l'entreprise privée. Il y a pire aussi. Mais comme disaient certains de mes vieux camarades enseignants aujourd'hui retraités, la fonction publique doit donner l'exemple. C'est en améliorant nos conditions de travail qu'on peut également donner un coup de pouce aux travailleurs d'entreprises privées. Pas en s'appauvrissant.

Aujourd'hui, on a de la difficulté à recruter de nouveaux enseignants. C'est que les conditions du travail se sont détériorées à tel point qu'elles ne sont plus compétitives. Ceux qui peuvent envisager une autre profession ne se dirigent plus vers l'enseignement. À moins d'avoir la vocation. Mais la foi se perd. Il serait grand temps de revaloriser l'enseignement autrement que par des discours creux, par exemple en améliorant réellement les conditions de travail des enseignants.




La culture du magasinage

20 02 2009

Lu ce matin dans La Presse Affaires, dans le reportage de Vincent Brousseau-Pouliot intitulé La Mecque du magasinage encaisse le coup : «[...] L'économie a une influence (sur nos activités), mais magasiner fait partie de notre culture. Les gens se sentent bien quand ils magasinent. » Ce sont les propos de John Chwyl, vice-président marketing du West Edmonton Mall.

On se sent bien quand on magasine, cela fait partie de notre culture... À quand une subvention pour le magasinage? Il faut dire que c'est notre seul moyen d'action contre le terrorisme, comme le disait Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Serait-ce également notre seul moyen d'action contre la crise économique qui frappe la planète? Comme le soulignait ironiquement Jacques Godbout dans L'Écran du bonheur, il y a plusieurs années déjà : nous sommes des superconsommateurs, c'est notre fonction et notre devoir de consommer!

Plus loin, dans le même article de La Presse, le journalisme rapporte les propos d'une gérante d'une grande boutique de vêtements ayant requis l'anonymat. Pourquoi a-t-elle requis l'anonymat? Que va-t-elle révéler de compromettant? « Le dernier trimestre a été difficile. Notre clientèle régulière est fidèle, mais elle achète deux morceaux au lieu de huit. » Honte à eux! Quel sacrilège! Les clients réguliers achètent deux morceaux au lieu de huit! On comprend pourquoi la gérante a requis l'anonymat : elle voulait protéger ses clients qui ne consomment plus assez pour faire rouler l'économie. Quels sans-cœurs!




Dents, livres et vêtements

29 12 2008

La veille de Noël, un mal de dents irrépressible m'assaille. Je dois aller d'urgence chez un dentiste, à Boisbriand, qui diagnostique les pires calamités sur et sous une de mes dents. Trois traitements de canal, des antibiotiques et des pilules antidouleurs. Ouf! Le mal est passé, mais j'entreprendrai l'année 2009 par quatre rendez-vous plaisants chez le dentiste pour terminer le travail. 2000$ chez le yable, bien que le dentiste soit sympathique à souhait. Toujours pas d'assurance dentaire pour les enseignants. C'est cela qui fait le plus mal à long terme...

Quoi qu'il en soit, pour me consoler un peu, j'ai reçu des livres à Noël, comme la tradition le veut. Annie Ernaux, Les Années, Fred Vargas, L'homme aux cercles bleus, David Lodge, Les quatre vérités. Il ne me reste plus qu'à lire ces pages d'intelligence, de tendresse, de joie, de drôlerie, etc. J'avais aussi demandé des livres de Danièle Sallenave, d'Emmanuelle Bernheim et de Jean-Philippe Toussaint. Ce sera pour Noël de l'an prochain. Pas d'auteurs québécois dans cette liste de cadeaux? C'est que j'ai donné du Tremblay, du Mavrikakis et du Proulx à ma douce moitié. Et en plus, je suis en train de lire le manuscrit d'un essai d'un auteur québécois. Bonne fin d'année à tous et un peu de paix sur cette planète pour l'année 2009.

Quel titre manqué! Il n'est même pas question de vêtements dans le texte qui précède, sans compter le manque du sens de la formule dans le titre. En fait, ce ne sont pas des vêtements que j'ai reçus à Noël, mais bien une paire d'yeux neufs. De nouvelles lunettes qui donnent à ma vision une perspective inégalée jusqu'à maintenant. Je vais enfin pouvoir reprendre mes entraînements de tennis en voyant bien la balle voyager entre la raquette de mon adversaire et la mienne. Tiens, en passant, un truc que je donnais lorsque j'étais instructeur de tennis : regarder la marque de la balle lorsque vous la frappez. Ainsi, si vous êtes capable de vous concentrer sur le détail, vous serez assuré de bien suivre la balle des yeux.




La note de passage

09 12 2008

Seulement 56% des personnes inscrites pour l'élection d'hier se sont présentées aux urnes. Ce n'est pas suffisant pour obtenir la note de passage. Jean Charest serait recalé aux examens de fin d'année. C'est le plus bas taux de participation aux élections depuis 1927 au Québec. C'est en deçà du taux de participation de certains pays en voie de développement. Cela ressemble, par contre, au taux de participation des élèves aux activités organisées par leurs professeurs. La démocratie est en crise partout en Occident. Le taux de participation aux dernières élections américaines est un accident de parcours. Habituellement, les Américains se présentent aux urnes avec le même manque d'enthousiasme que les Québécois hier. Il faut dire que sept élections en cinq ans, c'est beaucoup trop. Et la froidure extérieure explique en partie la froideur des électeurs d'aller voter. Pourtant, en ces jours inquiétants pour l'avenir de la nation et de l'économie mondiale, les enjeux étaient importants. Est-ce le début d'une ère nouvelle pour la démocratie et le capitalisme? Est-ce le signe que l'individualisme est en train de gagner du terrain sur le collectivisme, sur l'engagement pour des causes politiques, sur les idéologies anciennes? Il va falloir tirer des leçons de ce faible taux de participation, sinon on risque encore de redoubler, à moins que le Ministère de l'Éducation interdise le redoublement...




Le temps des bouffons

03 12 2008

Le père de la Loi sur la clarté référendaire, qui empêche dorénavant les Québécois d'entreprendre un référendum sur la souveraineté du Québec sans devoir demander au gouvernement fédéral si la question posée est claire et si la majorité éventuellement obtenue est satisfaisante à ses yeux, fait alliance avec le chef du Bloc québécois, un parti indépendantiste. La chef du Parti québécois appuie cette alliance et soutient le gouvernement fédéraliste dirigé par l'ennemi juré Dion, le plus trudeauiste des politiciens actuels. Ce sont, évidemment des alliances de circonstances, mais lourdes de conséquences. Les politiciens sont prêts à n'importe quel compromis lorsque cela satisfait leurs intérêts immédiats. Dans la course au pouvoir et aux dollars associés à l'exercice du pouvoir, les politiciens ressemblent de plus en plus aux bouffons prêts à tout pour faire rire les monarques. Sauf qu'il n'y a plus de monarques et que ce seront les baladins qui vont diriger le peuple spectateur qui ne rit plus depuis longtemps des singeries des amuseurs publics.

Après ce cirque électoraliste, on ne se demande plus pourquoi la population en général, et les jeunes en particulier, ne s'intéresse plus à la politique et qu'elle est de plus en plus cynique envers les politiciens.




L'essence, la pauvreté, la poésie et Chloé

27 11 2008

« Il faut de la poudre à nos perruques, voilà pourquoi tant de pauvres n'ont pas de pain. » J.-J. Rousseau, Discours sur les sciences et les lettres

Il faut de l'éthanol pour nos voitures énergivores, voilà pourquoi tant de pauvres n'ont pas de pain…

« Les poètes m'ont appris à découvrir qui je suis. » Chloé Sainte-Marie, à l'émission de Christiane Charrette ce matin.

Cette phrase est incompréhensible, mais pleine de sens. Se découvrir, apprendre à se connaître, « connais-toi toi-même »; voilà autant de défis indéfinis. Les poètes qui logent au creux de l'âme humaine peuvent éclairer ces sentiers qui ne mènent nulle part ailleurs qu'en nous-mêmes. On est défini par les autres, disait Sartre. Même si le plus imbécile des hommes me traite de con, j'en suis affecté. Pas par faiblesse, ni même par fragilité, mais intimement. Le regard de l'autre me définit en partie. Alors, la vision des poètes, qui perçoivent plus que la moyenne des êtres humains, m'apprend à embrasser des horizons plus larges. La vue de la poésie porte plus loin que l'immédiateté même lorsqu'elle traite des petites circonstances de la vie quotidienne.

Chloé Sainte-Marie sort un coffret de ses CD. La voix de la compagne de Gilles Carle se marie si bien à celles des poètes qu'on croit entendre chanter une fée. Tiens, cela fera un joli cadeau de Noël!




La santé et l'économie d'abord, oui, l'éducation ensuite?

24 11 2008

Pendant cette campagne électorale, les enjeux majeurs demeurent l'économie et la santé. Comment faire face à la crise financière planétaire et comment pallier les problèmes du système de santé? Ainsi, l'éducation passe au second plan. Dommage, car le système d'éducation d'un pays ou d'une province dessine l'avenir de la collectivité. À l'heure de la révolution technologique, du déplacement des centres financiers et des bouleversements climatiques, le secteur de l'éducation devrait être la priorité absolue de toute contrée.

Évidemment, les jeunes qui devraient bénéficier de l'attention des partis politiques ne votent pas. Alors que la majorité des malades et de ceux qui placent de l'argent en bourse ira aux urnes le 8 décembre prochain…

Quoi qu'il en soit, les jeunes qui forment l'avenir de la nation seront aux prises avec des problèmes qu'ils n'auront pas contribué à créer : endettement de l'État, support accru aux personnes en perte d'autonomie, compétition internationale inégale, manque de ressources, etc. Auront-ils les armes nécessaires pour lutter à forces égales avec les autres jeunes des autres nations qui auront misé davantage en éducation? C'est à voir.




Sept élections en cinq ans!

06 11 2008

J'ai entendu ce matin à la radio de Radio-Canada un analyste souligner que les élections provinciales déclenchées hier par Jean Charest constituaient la septième élection en cinq ans pour les Québécois. On est passé aux urnes trois fois pour le fédéral, trois fois pour le provincial et une fois pour le municipal depuis 2003. Ouf! Vous ne trouvez pas que cela fait beaucoup d'élections en peu de temps? Outre le cynisme qu'on peut ressentir envers nos politiciens, qu'est-ce que ces appels aux urnes à outrance révèlent de la vie politique au Québec? Qu'il manque d'hommes et de femmes politiques d'envergure? Qu'il n'y a plus d'idéaux qui tiennent longtemps la route?




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