Ce ne sera pas long

22 11 2009

La pièce de théâtre Sacré cœur, d'Alain Vadeboncoeur et d'Alexis Martin, propose des angles de vue fragmentée de la condition humaine et de l'urgence de vivre à travers la lorgnette d'une série d'anecdotes dramatiques se déroulant dans la salle d'urgence d'un hôpital.

Il y a de tout dans cette pièce à plusieurs niveaux de compréhension. De la philosophie, de la poésie, de la comédie, de la médecine, de la vie, de la mort, de la littérature, du théâtre, de la performance d'acteurs, du plaisir et tout cela est assaisonné d'un soupçon d'humanisme constant, même dans les moments les plus durs de la pièce.

Le brio d'Alexis Martin, le metteur en scène, est d'avoir réussi à amalgamer tous ces ingrédients dans une trame narrative où se retrouvent presque les unités de formes, d'action et de temps. Car tous les fragments de vie qu'on rencontre dans cette salle d'urgence entretiennent un rapport étroit avec le personnage central, l'urgentiste de nuit, qui sera transformé par une erreur médicale qu'il commet devant des témoins médusés.

Cela aurait pu être un drame, voire une tragédie, mais la touche d'humour qui traverse toute la pièce permet d'avaler la pilule avec un sourire.

Les comédiens sont d'ailleurs tous transportés par l'histoire de cette nuit à l'hôpital et ils vont puiser au plus profond d'eux-mêmes pour nous émouvoir. La direction d'acteurs est exemplaire et aucun comédien ne jure dans ce décor aseptisé. L'urgentiste direct, froid, sec, vindicatif, tourmenté, humain, fatigué et complètement démoli à la fin est magnifiquement incarné par Stéphane Demers. Édith Paquet joue une infirmière douce, compréhensive, attentive, sensible et aimante de façon touchante et attachante. Quant à Muriel Dutil, elle est simplement remarquable dans tous les personnages qu'elle rend de façon plus véridique les uns que les autres. Finalement, Alexis Martin et Jacques L'Heureux s'amusent manifestement à interpréter des personnages fortement typés qui nous font tantôt sourire, tantôt s'attendrir devant leur sort.

Bref, Alexis Martin et Alain Vadeboncoeur nous tendent la main gentiment, en attendant, pour que le moment venu, ce ne soit pas trop long.

 




Internet rend-il idiot?

10 08 2009

Il y a d'abord eu la mémoire, ensuite le livre, maintenant Internet. Le texte retenu, mémorisé et transmis par la parole. Ensuite le texte écrit et imprimé, transmis par différents supports jusqu'au papier. Maintenant, les signes numérisés, supportés par les écrans. La mémoire qui mémorisait les histoires a commencé à laisser des traces sur les textes. Maintenant, les textes vont s'empiler dans des mémoires électroniques de façon presque imperceptible par l'esprit humain. Et sur Internet, l'éphémère règne. Du site Internet rempli de contenu à sens unique, du concepteur vers le récepteur-lecteur, on est passé au blogue interactif plus court. Les textes doivent être courts pour que les lecteurs réagissent. Puis, pour faire plus court encore, on est rendu à Facebook et à Twitter, qui remplissent de plus en plus l'espace virtuel de la toile. On se limite à des bribes de mots, d'un paragraphe à quelques caractères. C'est de l'atrophie intellectuelle. Internet célèbre la mort de l'écriture continue, des expériences littéraires de longue haleine.

À lire absolument, un dossier du New York Times sur l'influence de l'Internet sur la lecture, traduit ici. Goolge nous rend-il idiots?




I'm a frog, your a frog, kiss me

08 04 2009

Il était une fois un étang à grenouilles. Tous les jours, la population de grenouille augmentait du double de sa population totale. La première journée, il y avait une grenouille. La deuxième, deux grenouilles. La troisième, quatre amphibiens. La quatrième, huit. Etc.

Supposons que l'étang sera rempli de grenouilles le centième jour. À quel moment l'étang sera-t-il rempli à moitié?

Si vous avez répondu au cinquantième jour, vous avez répondu trop rapidement. Ce sera seulement au 99e jour que l'étang sera rempli à demi. Le lendemain, il sera trop tard : il y aura saturation de l'espace disponible.

Cette fable a été racontée par Albert Jacquard, entre autres, pour expliquer les dangers de la surpopulation qu'on ne constate pas avant qu'il ne soit presque trop tard.

On peut appliquer cette fable à d'autres domaines et dire que la Terre, par exemple, va être polluée presque à pleine capacité avant qu'on s'aperçoive qu'il est déjà trop tard, car au jour 99, on aura toujours l'impression que l'espace à polluer est encore plus que suffisant et que la Terre peut absorber encore son lot de pollution diverse.

On peut aussi appliquer cette fable à l'assimilation du français en Amérique. On est à moitié assimilé et on ne s'en rend même pas compte encore. On est sur le point de basculer peut-être au jour 100 où il sera trop tard.

Partout, l'anglais aura gagné du terrain. Dans l'éducation, au cinéma, en musique, à la télévision, en littérature, etc. C'est tellement plus intéressant de lire en anglais des auteurs anglophones. Et c'est moins cher. C'est tellement plus intelligent d'écouter des émissions américaines qui sont infiniment plus intéressantes et nombreuses que les émissions québécoises. C'est tellement plus normal d'aller au cinéma et d'écouter des films dans leur version originale. Et il faut préparer les enfants, les futurs travailleurs, à affronter le marché mondial en anglais, pour jouer sur le même terrain que les grands de ce monde.

Le français en Amérique dans tout cela? Folklorisation d'une langue et Louisianisation d'une culture. Ne se fait-on pas déjà appeler Frogs?




La culture du magasinage

20 02 2009

Lu ce matin dans La Presse Affaires, dans le reportage de Vincent Brousseau-Pouliot intitulé La Mecque du magasinage encaisse le coup : «[...] L'économie a une influence (sur nos activités), mais magasiner fait partie de notre culture. Les gens se sentent bien quand ils magasinent. » Ce sont les propos de John Chwyl, vice-président marketing du West Edmonton Mall.

On se sent bien quand on magasine, cela fait partie de notre culture... À quand une subvention pour le magasinage? Il faut dire que c'est notre seul moyen d'action contre le terrorisme, comme le disait Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Serait-ce également notre seul moyen d'action contre la crise économique qui frappe la planète? Comme le soulignait ironiquement Jacques Godbout dans L'Écran du bonheur, il y a plusieurs années déjà : nous sommes des superconsommateurs, c'est notre fonction et notre devoir de consommer!

Plus loin, dans le même article de La Presse, le journalisme rapporte les propos d'une gérante d'une grande boutique de vêtements ayant requis l'anonymat. Pourquoi a-t-elle requis l'anonymat? Que va-t-elle révéler de compromettant? « Le dernier trimestre a été difficile. Notre clientèle régulière est fidèle, mais elle achète deux morceaux au lieu de huit. » Honte à eux! Quel sacrilège! Les clients réguliers achètent deux morceaux au lieu de huit! On comprend pourquoi la gérante a requis l'anonymat : elle voulait protéger ses clients qui ne consomment plus assez pour faire rouler l'économie. Quels sans-cœurs!




Polytechnique: un devoir de mémoire

15 02 2009

Je viens de voir Polytechnique de Denis Villeneuve. C'est un éloge funèbre sobre, tout en retenue, qui ne tombe pas dans le drame outrancier, ni dans le pathos, ni ne dérive vers une tentative d'explication psychologisante. Il s'agit simplement d'un rappel d'une tragédie qui n'aurait jamais dû avoir lieu, comme tous les drames impliquant des innocents. On devrait écrire en premier lieu des innocentes, car les victimes ont été principalement des femmes, justement parce qu'elles étaient du sexe féminin, donc des cibles pour le forcené.

En toute pertinence, le début du long métrage rappelle la lettre écrite par Marc Lépine juste avant le massacre. Dans cette lettre, qu'on peut trouver un peu partout sur Internet, le tueur s'en prend au féminisme et nomme 19 femmes célèbres qui l'ont échappé belle, parce qu'il n'aura pas eu le temps d'accomplir ses sombres desseins.

Évidemment, la tuerie est le résultat d'un geste fou, d'un amalgame de facteurs divers (le discours antiféministe ambiant, les expériences passées de violence familiale du tueur, les échecs nombreux qui se succédaient dans sa vie professionnelle et amoureuse, etc.) qui ont pris corps dans le cerveau de Lépine. En fait, ces éléments divers ont fait sauter une marmite où bouillonnait du ressentiment envers le monde en général et les femmes en particulier.

Le propos essentiel du film consiste donc en un devoir de mémoire, car on doit se rappeler les victimes directes (les 14 femmes tuées) et indirectes (tous les témoins de près ou de loin, comme les gars qui ont croisé Lépine à Polytechnique) de cette tuerie, ne serait-ce que pour conjurer le sort. En espérant qu'il n'y ait jamais de prochaine fois.




Début d'année de fou et Bye bye

09 01 2009

Une autre année folle qui commence. Réception du jour de l'an à la maison: 18 personnes à recevoir et à gâter. Réception des parents de la Douce le surlendemain. Réception des amies de la P'tite le lendemain du surlendemain. Rénovation au sous-sol. Rendez-vous chez le dentiste pour des traitements de canal. Encore réception d'une amie de la Douce puis une autre pour sa soeur. Changement de la répartition de la tâche du département de philo à effectuer. Réunion pour l'insertion professionnelle et réunion pour la réussite et la diplomation au collégial. Bref, ça n'arrête pas. Tous les jours, il y a quelque chose d'indiqué sur le calendrier. Ouf!

Par ailleurs, une semaine après le Bye bye de Louis Morissette et Véro, je suis obligé de dire que je vais dans le même sens que Marc Cassivi de La Presse. Ce Bye bye pèche beaucoup plus par son insipidité, son manque d'envergure, sa petitesse et sa puérilité que par son racisme et sa grossièreté. On dirait que le petit monde de Véro et de Louis Morissette prenait toute la place et que leur humour ne volait pas bien haut.




La testostérone maudite!

15 10 2008

« C'est plein de testostérone ce film-là. » Sous-entendu : yeurk! C'est ainsi qu'une chroniqueuse culturelle discréditait, avec un air entendu, un film qu'elle avait vu la veille. Un seul mot résumait sa pensée : testostérone. L'affaire était classée d'avance. Quand il y a trop de cette hormone masculine, c'est forcément mauvais. Rien de positif ne peut résulter d'une œuvre d'art qui contient de la testostérone, c'est-à-dire de la violence, de la brutalité et de l'agressivité gratuite. Point.

Une autre critique, de théâtre cette fois-là, a déjà dit en ondes que Shakespeare utilisait trop de testostérone à la fin de ses pièces pour provoquer de l'émotion. Ouache! C'est sale, ce procédé qui consiste à accumuler les cadavres en fin de parcours. Une surdose d'hormone masculine condamne à tout jamais le créateur de Roméo et Juliette!

Éliminons la testostérone de la planète et de notre vocabulaire. Il n'y aura plus que de bons sentiments dans les œuvres d'art. (Gide ne sera pas content.) Et pourquoi ne pas castrer les hommes, par la même occasion? Ainsi, on éliminerait une grande quantité d'œuvres déviantes, qui contiennent de la violence, de l'agressivité et de la brutalité.

Ce mot, testostérone, contient maintenant une charge de signification telle qu'il sert à ostraciser tout ce qui choque la bienséance et la rectitude politique ambiante. Pourtant, comme le disait je ne sais plus qui, la création proprement dite n'est-elle pas violence faite au système et à l'ordre établi?

Bien sûr, il y a des manières de faire violence au système et à l'ordre établi à travers des œuvres d'art plus subtiles que d'autres, diront certains. Mais tout balayer du revers de la main, comme on a tendance à faire de plus en plus souvent, en qualifiant une œuvre de trop pleine de testostérone, n'est-ce pas également faire violence à la violence?




Harper l'autocrate discret?

05 10 2008

Lors du débat des chefs, mercredi soir dernier, deux remarques sont passées presque inaperçues. Pourtant, ces dernières révélaient des aspects importants du choix que les Canadiens devront faire le mardi 14 octobre.

Lorsque Jack Layton a demandé à Steven Harper de répéter en français ses propos méprisants sur les artistes et leurs conditions de vie, le premier ministre s'est exécuté en affirmant que les artistes qui allaient dans les galas ne devraient pas critiquer le gouvernement qui les subventionne. Wow! Cette menace et cet appel à la censure ont été prononcés sur le ton monocorde et assuré qui caractérisait Harper ce soir-là. Aucun des autres chefs de partis n'a relevé la teneur scandaleuse de ces propos dictatoriaux. Les « panélistes » ont plutôt profité du moment pour promouvoir leur approche plus généreuse de la culture.

Ce qui est proprement scandaleux dans les propos de Harper sur les artistes, outre sa méconnaissance des conditions de vie laborieuse des artistes, c'est qu'il soutient que les subventions accordées aux artistes devraient les inciter à plus de retenue à l'égard du gouvernement. De là à dire que les artistes subventionnés devraient louanger leur généreux mécène, il n'y a qu'un pas à franchir.

Si on lie cette déclaration publique au projet de loi C-10, qui permet à la ministre du Patrimoine la possibilité d'annuler le financement public de films et d'émissions de télévision jugés « contraires à l'ordre public », et ensuite à la crainte de certains scientifiques de publier des résultats de recherches qui vont à l'encontre de politiques conservatrices, on réaliste que le Canada devient de plus en plus un pays mené de façon totalitaire par un gouvernement minoritaire.

Par ailleurs, un des débatteurs a souligné mercredi soir que le parti conservateur n'avait pas encore exposé son programme en vue des élections. On est à moins de 10 jours de la journée des élections et le chef du gouvernement qui a déclenché les élections n'a pas encore dévoilé sa plateforme électorale! Incroyable. Dans un pays démocratique, un parti au pouvoir veut se faire réélire sans proposer à la population de véritable programme, à une semaine des élections. C'est tenir la population soit pour ignare soit pour acquise d'avance à une orientation qui fait peur lorsqu'on la contemple dans toute sa candeur dirigiste.




Une fin heureuse

13 04 2008

À la fin du film, ma fille s'est écriée, indignée et déçue : « c'est un mauvais film! C'est poche! C'est débile! » Elle se révoltait devant l'impensable. Pourtant, tout au long de la projection, elle était rivée à l'écran dans une attitude de recueillement. On sentait monter en elle un sentiment de tristesse et de compassion.

La fin abrupte, sans réconciliation, sans résolution du conflit, sans dénouement heureux l'a complètement abasourdie. Pour elle, c'était impossible, ça ne se pouvait pas. Un film doit se terminer par une fin heureuse, le Happy ending tant souhaité par tous les spectateurs. Mais là, la catharsis ne fonctionnait pas. On ne pouvait sourire de soulagement après la libération finale.

Tout l'art de l'industrie américaine du cinéma consiste à édifier des obstacles de plus en plus infranchissables en vue de l'accomplissement final qui résulte du passage des épreuves du personnage principal pour aboutir à la réussite. Le bien doit impérativement triompher du mal. Le succès est au bout de la bobine de film. Explosion de joie, triomphe, le héros est toujours le plus fort, même s'il s'en sort mal, un peu brisé.

Mais dans ce road movie basé sur une histoire réelle, rien de tout cela. On suit le héros dans ses péripéties, on le voit surmonter les épreuves, on l'accompagne dans ses pérégrinations, mais on aboutit à une forme de renoncement amère. Est-ce une fin heureuse? On n'est pas sûr, ni rassuré. Pourtant, le héros sourit lors de la scène finale.

Est-ce cela, l'aventure Vers l'inconnu? On sort des sentiers battus du cinéma américain pour suivre cette quête d'authenticité, qui a mené réellement au bout de soi un jeune américain d'une vingtaine d'années aux débuts des années 90. En regardant les superbes images de Into the Wild, de Sean Penn, on ressent un malaise qui tenaille le ventre plusieurs heures, voire plusieurs jours, après la fin du film. Une véritable expérience cinématographique.




Pissous

02 04 2008

Je suis un peureux. J’ai peur d’avoir le cancer de la prostate. J’ai peur d’avoir le cancer du côlon. J’ai peur d’avoir le cancer du sang. Une peur constante et déraisonnable, un peu comme celle de Foglia. Évidemment, chez moi, cette peur est augmentée par l’expérience de la maladie et par deux opérations pour l’éloigner de moi.

Mais la peur de la voir réapparaître revient constamment. Aussitôt qu’une petite tache apparaît sur ma peau, la peur tenaille le ventre et les pensées les plus sombrent surgissent.

Comme si cela n’était pas assez, j’ai également peur de toutes sortes d’autres choses plus anodines les unes que les autres. J’ai peur que mon ordinateur me lâche encore, comme il y a deux semaines. J’ai peur que l’arbre devant la maison fasse encore des siennes et bloque encore le tuyau d’égout en provoquant encore une inondation. J’ai peur que mon fils et ma fille se fassent mal ou attrapent des maladies. J’ai peur au banc de neige devant la maison qui va fondre et inonder le sous-sol (encore!). J’ai peur que le propriétaire de la maison que nous avons achetée ne s’occupe plus de l’entretien et laisse la maison dans un état de déperdition avant qu’on ne l’occupe. J’ai peur de parler devant les autres, dans les réunions ou devant une assemblée.

Bref, j’ai été élevé dans la crainte constante. ATTENTION, ne cessaient pas de crier mes parents, surtout ma mère. J’ai fait la même chose avec mes enfants.

J’ai peur à l’avenir. Je sais que je suis en sursis, que je ne vieillirai pas comme mes parents qui ont plus de quatre-vingts ans. Le temps qu’il me reste est compté. Je sais que mes enfants ne me verront pas vieillir aussi et que je ne pourrai pas prendre leurs propres enfants dans mes bras.

Malgré tout cela, j’ai quand même peur pour des vétilles. Je ne m’en fais pas pour mon travail, ni pour les agissements parfois sauvages de certains élèves, ni même pour les remarques disgracieuses de certains collègues d’autres départements.

Mais il me reste la peur insensée de ne pas avoir assez d’argent pour effectuer les travaux sur la nouvelle maison. J’ai peur aussi qu’il arrive quelque chose d’épouvantable à la maison que nous occupons actuellement. J’ai peur surtout que la maladie touche un de mes proches.

Cette paranoïa provient de l’éducation familiale, évidemment. Mais aussi, je crois, elle fait partie de notre héritage national. Samedi dernier, je suis allé voir Florence de Marcel Dubé. Cette pièce de théâtre écrite en 1957, à la veille de la Révolution tranquille, relate l’histoire d’une secrétaire qui est sur le point de s’émanciper de sa famille et de toutes ses peurs ataviques. Dubé a réécrit la pièce au début des années 1970. Il a surtout modifié la fin pour la rendre plus conforme à l’évolution de la société québécoise. Finalement, la petite secrétaire, qui se fait abuser sexuellement par son patron et qui défie la peur familiale face à l’avenir, assume son désir de libération et décide d’aller travailler seule à New York. Comme une grande, elle se lance à l’aventure et à l’assaut du monde entier.

Se lancer à l’assaut du monde entier… Est-ce que les Québécois ont cessé d’avoir peur des étrangers et décidé de s’affranchir de la pensée d’être nés pour un petit pain? C’est la question centrale de cette pièce de Dubé. La question mérite d’être encore posée aujourd’hui. D’autant plus que j’ai peur de la réponse…




Nouvelle image et propriété intellectuelle

16 03 2008

J'ai revampé un peu mon site Internet, La Lanterne de Diogène, et j'en ai profité pour ajouter ma photo sur ce blogue. Par la même occasion, je viens de m'apercevoir que le nom de mon site a été copié par un internaute qui a intitulé son blogue pareillement, ici. Comme le titre de mon site reprenait le titre d'un essai philosophique, on nage en plein plagiat au second degré. Plus de propriété intellectuelle sur Internet? D'ailleurs, mon texte publié ici et intitulé Les Dix commandements de l'enseignement a été utilisé par un professeur de pédagogie dans un cours de maîtrise à l'Université de Montréal la semaine dernière. Je ne sais pas si la paternité du texte a été soulignée. Quoi qu'il en soit, un texte publié sur Internet appartient-il à tout le monde? Et les photos?




Les jeux vidéo et les études

13 03 2008

Voici le témoignage de cinq élèves du Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

 

David affirme jouer souvent à World of Warcraft (WOW), mais que cela ne nuit pas à ses études. Il aime par-dessus tout la vie sociale stimulante sur ce jeu par les discussions et les contacts entre les joueurs, souvent plus intéressants que ceux de la vie sociale réelle à l’école, par exemple. Comme les autres élèves rencontrés, c’est cet aspect communautaire qui le fascine dans les jeux en ligne massivement multijoueurs.

 

Karine, elle, joue fréquemment avec son chum et avec leurs amis à des jeux en ligne comme WOW, mais sans jamais que cela ne nuise à ses études. Elle sait quand mettre un frein pour ne pas sombrer dans la dépendance comme son frère de 11 ans qui jouait frénétiquement et dont les études en ont été affectées. Mais c’est son cousin qui l’inquiète le plus, car il ne fait que jouer à des jeux vidéo dans la vie. Il a lâché l’école, il ne travaille pas et il n’a pas d’autres amis que ceux qu’il rencontre dans WOW. Même quand il y a des gens chez lui, il ne pense qu’à son jeu et à son personnage et laisse ses invités seuls dans le salon pendant qu’il retourne à son ordinateur.

 

Les cinq élèves rencontrés apprécient l’atmosphère du jeu WOW, les décors, les personnages, l’histoire qui se crée au fur et à mesure du développement de leur personnage et la vie sociale qui se déroule comme dans la vraie vie. Ainsi, affirment-ils, des joueurs se rencontrent en dehors du jeu et certains même se sont mariés dans la vraie vie après que leurs personnages se soient mariés virtuellement dans le jeu.

 

Ils dénoncent tous le caractère mercantile de certains jeux qui insèrent de la publicité partout, quelquefois même à l’intérieur de l’univers virtuel du jeu. Ils notent également que les jeux en ligne sont plus envoûtants que les films et les livres, par exemple. En ce sens, Jean-Gabriel et Michael avouent avoir déjà joué 14 heures d'affilée sans lâcher leur écran. Ils n'ont jamais lu un livre imprimé plus d'une heure d'affilée…

 

Un vendeur chez EB game, qui veut garder l’anonymat, affirme pour sa part avoir perdu cinq ans de sa vie en jouant à Everquest. Il a lâché l’école en cinquième secondaire et n’a rien fait d’autre que jouer à ce jeu jour et nuit pendant toutes ces années. Finalement, il se retrouve actuellement à 21 ans sans diplôme, vendeur dans un magasin. Mais il compte retourner aux études prochainement. Il a pris comme résolution de ne plus jamais toucher à ce type de jeu de sa vie!




Lire?

25 02 2008

À quoi bon lire? Aujourd'hui on parle beaucoup, on écoute un peu, on regarde énormément et l'on touche quelquefois. Rarement, sent-on.

 

Mon portable est branché sur le monde entier. Je peux communiquer avec n'importe qui sur la planète. Je pourrais lire dans toutes les langues, évidemment, mais cela demanderait du temps et des efforts monstrueux. Par contre, tout en clavardant, je peux parler, écouter et voir mes interlocuteurs. Mon cellulaire me permet d'être connecté au monde en tout temps. Je peux même prendre en photo mes professeurs, les filmer en direct à leur insu et diffuser leurs prestations en temps réel. Je peux également jouer dans les cours, sous la table, clavarder et zyeuter des femmes nues en classe sans que cela paraisse.

 

Pourquoi lire Le Seigneur des anneaux quand je peux vivre cette aventure en direct en jouant à des jeux en ligne massivement multijoueurs? C’est beaucoup plus prenant, immersif comme univers que ces petits caractères noirs sans vie sur une page blanche. Là-dedans, dans un livre, rien ne bouge, il n’y a pas de couleurs ni de sons, pas de vitesse. Tandis qu’avec les jeux vidéo, tout bouge, les personnages vivent, respirent et combattent virtuellement, quasi réellement. On incarne un personnage plus fortement quand tout son sort dépend de nous. Ce n’est pas une autre personne, un auteur par exemple, qui a tout déterminé à l’avance. Rien n’est écrit. On peut lever l'ancre (et l'encre?). Ce qui arrivera à notre personnage dépendra de nos capacités de réflexion et d’adaptation aux situations nouvelles qui se créent selon nos choix d’action et l'interaction avec les autres joueurs. Quel pouvoir entre nos mains!

 

Alors, pourquoi fréquenter les bibliothèques poussiéreuses de livres sur des étagères lorsque la fiction et les informations sont à la portée de main? Ainsi, lorsque les professeurs parlent de quelque chose que je ne connais pas, je peux immédiatement consulter Wikipédia ou des encyclopédies en ligne. Rien de tel pour contredire un enseignant qui se prend trop au sérieux avec ses diplômes et ses références à des auteurs que personne ne lit plus.

 

Le glas a sonné pour le support papier. Livres, revues, journaux, bibliothèques, tout cet univers qui tournait autour de l'objet papier inerte devra s'adapter. Cela va prendre du temps, mais imperceptiblement, la transmission de l'information et de la culture va emprunter différents canaux. Ceux qui s'accrochent aux livres en papier, à la lecture linéaire d'une œuvre, vont être dépassés par la vitesse du changement.

 

Lire ne se fera plus en un seul sens seulement : du livre écrit inaltérable au lecteur passif qui puise dans son imagination pour faire vivre les lettres dans un univers parallèle. Désormais, les livres, comme les encyclopédies, seront interactifs et les lecteurs participatifs aux œuvres toujours en transformation. Lire, ce sera aussi intervenir réellement dans l'œuvre d'un autre, comme on commence à le faire sur les blogues et dans le Web 2 en général.

 

Lire, écrire, échanger, images et sons compris. Plus de lettres mortes. Les interlocuteurs sont présents dans le moment de l'échange, comme dans une immense classe interactive. Le monde est dans l'échange d'informations en temps réel, sous ses multiples formes. L'écriture ne tient plus le haut du pavé. Désormais, les images et les sons (bientôt les odeurs?) font partie de la littératie, qui n'est plus simplement écrite.

 

Mais, la majorité de mes profs ne comprennent pas cela encore. Ils sont dépassés par les nouvelles formes de transmission des connaissances et ils tiennent à leurs prérogatives de dominants dans le monde de l'éducation. Même si les institutions dans lesquelles nous évoluons datent du Moyen Âge, nous pouvons les faire évoluer rapidement et prendre le virage des nouvelles technologies qui vont débloquer la transmission du savoir. Montons aux barricades avec nos Ipods, nos portables, nos cellulaires. Membres de l'Igénération de tous les pays, unissons-nous!

 

P.-S. Ceci est un texte de fiction, bien entendu…




Films pour les cours de philo

11 02 2008

Voici la liste de films que je suggère de voir à mes élèves selon la matière vue en classe. Dans le premier cours, le 103, je projette en classe Troie et une partie de La Matrice. Dans le 102, je fais voir Passions secrètes et une partie Des Temps modernes. Dans le dernier cours, Éthique et politique, je présente Orange mécanique. Les autres films de la liste ci-dessous représentent seulement des suggestions. J'en parle à l'occasion pour donner des exemples aux élèves. Les points de repère sont alors plus faciles à trouver quand la majorité des étudiants ont vu le même film.

Par exemple, cette semaine je parle de Nietzsche en classe. Je vais donner des exemples du surhomme et de la volonté de puissance en faisant référence à des scènes de Citizen Kane, de L'Aviateur, de Apocalypse Now, de 2001 L'Odyssée de l'espace, de Fight club et d’Orange mécanique.

Films pour les cours de philo

Batman 1 et 2, films de Tim Burton (Sleepy Hollow, La Planète des singes, Édouard les mains d'argent, L’Étrange Noël de Mr Jack, etc.) sur la perception du bien et du mal. Inversions des concepts du bien et du mal. Éthique et politique

Soleil levant, l'apparence comme illusion de la vérité, ou le monde des apparences trompeuses. 103

300, de Zack Snyder. Bataille de spartiates à l'origine de l'identité grecque. 103

Troie, conflits entre les mythes, la religion et la raison. 103

Obsession, film sur le difficile pardon dans la société d'aujourd'hui. Avec Jack Nicholson incarnant un père vengeur qui demande finalement pardon à l'assassin de sa fille Éthique et politique

Orange mécanique film culte de Stanley Kubrick sur l'évolution de la morale dans la société et sur le difficile contrôle des pulsions humaines. Éthique et politique

La matrice I, film inspiré, entre autres, de la mythologie et de l'allégorie de la caverne de Platon. 103

L'île, sur le clonage et l'Allégorie de la caverne. 103

Sleepy Hollow, un film de Tim Burton, dans lequel on voit encore comment la normalité est mise à partie. Où il est beaucoup question de la vérité et des apparences et du conformisme comme forme de totalitarisme Éthique et politique. Une sorte de deuxième version de son film Edward Scissorhands.

Blade runner sur l’essence de l’être humain, la liberté et le déterminisme. 102

Crash, de David Cronenberg, où l'instinct de vie et de mort s'échangent la voie… 102

Fargo, film des frères Cohen sur le bien et le mal, la vie et la mort, et leurs fausses apparences.

Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand, sur la crise des valeurs de la société contemporaine Éthique et politique.

La vie de David Gale, d’Alan Parker, sur la vérité et l’apparence trompeuse. 103.

Le fils de l'homme sur les dangers qui menacent l'espèce humaine. Éthique et politique

C'est l'Apocalypse, de Francis Ford Coppola, inspiré librement d'un roman de Joseph Conrad, illustration de la philosophie de Nietzsche. 102

Cinéastes philosophes

 

Les films de Kubrick, des frères Cohen, de Martin Scorsese, de Tavernier, de David Lynch, de Quentin Tarantino, de Christopher Nolan, écrits par Andrew Niccol, de Michael Moore, de Lars von Trier, de Denys Arcand, de Woody Allen, de Francis Ford Coppola, etc.

D'autres films intéressants pour les cours de philosophie

Rapport Minoritaire

Intelligence artificielle

La liste Schindler

Simone

Bienvenue à Gattaca

Truman show

Memento

Insomnia

Harold et Maud

Big Fish

Dogville

Crash de Paul Haggis, sur le racisme

La Fille d’un million de dollars de Clint Eastwood sur l’euthanasie

Brokeback Mountain

La Constance du Jardinier

La Grande Bouffe

Crazy

Le Parrain

Les Femmes de Stepford

L’enfant sauvage

Tu ne tueras point

Le Prestige

Fight club

2001, L'Odyssée de l'espace

 

Avez-vous d'autres suggestions à me faire?




Culture : Tremblay contre Delerm

03 01 2008

La culture, c'est quelque chose de profond qui loge au cœur du développement de l'être humain inscrit dans une histoire personnelle et générale. Quand on lit, par exemple, on reconnaît une parenté entre l'auteur et le lecteur qui se situe au-delà de l'histoire racontée. Elle s'inscrit à la croisée des mots choisis et des références connues des deux protagonistes de la narration : l'auteur et le lecteur.

Ainsi, je viens de terminer un autre livre de Michel Tremblay, les Douze coups de théâtre. C'est tellement facile de comprendre ce que décrit l'auteur que cela en devient presque hallucinant. Les doutes, les hésitations, les mots, la réalité sociale et culturelle décrite, tout me parle de moi à travers la vie de Tremblay, même lorsque celui-ci relate des expériences personnelles qui me seront à jamais inaccessibles : le goût pour l'opéra, les expériences homosexuelles, la vie familiale des années 50, etc.

Par contre, lorsque je lis Delerm, La Première gorgée de bière par exemple, je ne peux m'identifier à rien de ce décrit l'auteur, même pas à des expériences banales, car les mots et la manière de présenter les choses m'échappent trop souvent. Prenez par exemple le texte intitulé Un banane-split. Rien de plus simple ou de plus commun. Pourtant, bien que la réalité décrite semble banale et facilement partageable, c'est la façon de présenter cette expérience simple qui me sépare de Delerm. Le premier paragraphe contient les mots suivants : camaïeu raffiné, l'île flottante, coupelle, luxuriance estivale, etc. Bien que je puisse comprendre certaines de ces expressions empruntées à ma culture livresque, cela ne fait pas appel à mes expériences personnelles réelles.

Alors que l'auteur veut partager des moments simples de la vie de tous les jours, de menus plaisirs connus de tous, les mots qu'il utilise me rendent étranger ces expériences communes. C'est inouï. Pratiquant la même langue, on ne peut pas communiquer simplement, car les expressions, les mots, les références ne sont pas les mêmes. Pire, je sens un travail, une volonté d'utiliser un vocabulaire recherché pour rendre uniques les moments simples de la vie. C'est voulu, j'en conviens. Mais cela rend la lecture plus fastidieuse.

Le deuxième paragraphe du texte sur le banane-split contient les mots suivants : penaud, déférente, goguenard, barquette, étique (sans le h, car ce n'est pas la même chose), puérile, cigogne (pas l'oiseau), ringarde, flageolant, etc. Et je n'énumérerai pas les mots étranges du texte suivant portant sur la visite surprise, car je ne l'ai pas terminé. La page 44 est la dernière lue dans ce recueil pourtant salué comme un des grands livres de la culture francophone.

Selon moi, il y a trop de prétention et de fausse modestie dans ces textes prétentieux de simplicité. Les expressions françaises ne m'impressionnent pas assez pour que je tombe en pâmoison devant cet écrivain français à la mode. J'aime mieux entendre son fils Vincent chanter Fanny Ardant et moi. Le rejeton est plus drôle et plus simple dans sa façon de s'exprimer, non?




Journée culturelle

02 12 2007

Notre journée d'hier a commencé dans l'atelier d'un jeune artiste québécois qui a le vent en poupe, Martin Désilets. Nous avons acheté une de ses œuvres qui ressemble à une peinture à la Riopelle. En fait, c'est une photographie d'une trace de frein d'une formule Un sur la piste Jacques Villeneuve. En regardant de près, en scrutant les détails, on commence à comprendre qu'il ne s'agit pas d'une peinture, ni d'une photographie retouchée, mais seulement d'une photo qui cadre la trace laissée par un accident de la route lors du dernier Grand Prix. C'est hallucinant comment le cadrage peut révéler les détails, mais cacher l'ensemble en en faisant une œuvre d'une autre dimension. Quand on regarde la photo de loin, la première fois, on a l'impression qu'il s'agit peut-être d'une prise aérienne d'une partie d'un continent.

 

Après cette visite intéressante, car l'artiste Martin Désilets est vraiment sympathique et il ne se prend pas pour un autre, nous sommes allés voir la pièce Rhinocéros d'Ionesco au T.N.M.. Quelle pièce mes amis! Alain Zouvi et Marc Béland sont vraiment incroyables dans cette mise en scène originale de Jean-Guy Legault. Nous avons adoré surtout la proposition qui consiste à mettre en valeur le côté dérisoire du conformisme et du totalitarisme. C'est divertissant et en même temps un peu déstabilisant. La pièce porte puisque le public pourtant conciliant du T.N.M., qui se lève d'un bloc à la moindre occasion habituellement, est resté assis de stupeur et surtout d'incompréhension. On dirait que les gens dans la salle comprenaient inconsciemment qu'on s'était moqué des comportements de troupeau et qu'ils ne voulaient pas paraître comme des moutons.

 

Finalement, j'ai terminé ma soirée en lisant le merveilleux roman de Ying Chen, Lettres chinoises, paru chez Babel éditeur. Comment fait-on pour écrire aussi impeccablement que l'auteur? Une Chinoise en plus qui écrit en français. Toutes ses phrases sont simples, belles, coulant de source. Les images qu'elle utilise saisissent le lecteur par leur portée sur la vie quotidienne. Sans que cela paraisse le moins du monde, de grandes réflexions sont dissimulées aux creux des phrases toujours limpides. Du grand art!

 

Je n'ai pas dormi de la nuit tellement j'étais emporté par ce tourbillon culturel. Heureusement, aujourd'hui, je ne fais rien. Que du repos en perspective pour me remettre de cette nuit blanche et de l'art qui déstabilise.




Slamer maintenant!

20 11 2007

Encore une fois, notre déculturation et notre acculturation sautent aux yeux. Il suffit que Grand Corps Malade se pointe à Tout le monde en parle pour que tout le gratin s'agenouille devant le nouveau prophète venu de la France. Quand ce n'est pas la musique américaine, les téléséries américaines, les romans français, on s'incline devant la poésie marginale française sans savoir qu'ici, au Québec, nous avons la pareille. En effet, il y a des soirées de slam une fois par mois à Montréal, à l'O Patro Vys rue Mont-Royal. Elles sont animées par un très grand slamer, aussi bon sinon meilleur que Grand Corps Malade, Ivy. La fable La Cigale et la fourmi de Lafontaine, revue et corrigée par Ivy, est à jeter par terre, entre autres. Si vous tenez à vous divertir, à rigoler, à réfléchir, à vous émerveiller, vous ne pouvez pas manquer la sortie prochaine du disque compact d'Ivy, Slamérica. En fait, si vous vous êtes prosterné devant Grand Corps Malade, aller vous recueillir devant Ivy et sa bande de joyeux lurons à l'O Patro Vys à Montréal. Vous allez sortir de là désorienté, ébloui par la langue de chez nous «maganée» avec art par des artistes du verbe.

En passant, je viens de voir qu'Ivy va redonner son spectacle Slamérica, que j'ai vu à La Place des Arts de Montréal, à l'O Patro Vys le 11 décembre prochain. Ne manquez pas ça!

En fait, quand j'ai vu le spectacle d'Ivy, que je ne connaissais pas, j'ai pensé au spectacle de Fred Pellerin auquel j'avais assisté avant qu'il ne soit connu. C'est du même calibre.




Le français et les cris

13 11 2007

J'ai envoyé hier au Devoir une lettre ouverte, Le français et les cris, portant sur les indignations apocalyptiques de certaines personnes envers la détérioration de la qualité de l'enseignement du français dans nos écoles. Comme je ne sais pas encore si le quotidien va la publier, je ne la diffuserai pas immédiatement sur ce blogue. Mais il est à remarquer que la dictée qu'a donnée la ministre Courchesne dimanche soir à l'émission de Guy A. Lepage, Tout le monde en parle, comportait plusieurs erreurs. Louise Cousineau en parle aujourd'hui dans La Presse en se moquant de la ministre. Or, en transcrivant la dictée de deux lignes, elle commet elle-même au moins une faute. Pouvez-vous la trouver? Jean-Jacques Rousseau lui-même avouait dans ses Confessions qu'il commettait souvent la même erreur. Pas facile d'écrire sur la piètre maîtrise de la langue française sans se faire prendre à son propre piège. Parlez-en aux professeurs de français! On peut toujours chipoter sur les moindres détails et trouver des fautes dans les textes des autres pour se prouver à soi-même une certaine supériorité. C'est un réflexe qui révèle d'après moi une petitesse d'esprit.




Performance, excellence et compétition

30 10 2007

Le travail a tout pris, même en éducation

 

L'esprit de sérieux a frappé de plein fouet le monde de l'enseignement. Depuis près de 20 ans, on met de l'avant l'idée que l'apprentissage c'est sérieux. Il faut que les élèves suent à défaut de savoir (petit jeu de mots anodin)…

 

De nos jours, l'apprentissage doit être exigeant. Les élèves doivent sentir cette nécessité. Ils doivent pâtir pour apprendre. Et si un cours est trop facile, il y a anguille sous roche. Le prof n'est pas assez exigeant, il est trop mou, il veut faire copain-copain avec les élèves, il veut se faire aimer (faute grave?), etc. De toute façon, il n'est pas sérieux. La rigueur implique un esprit de sérieux. Non?

 

Au collégial, par exemple, on met un point d'honneur à élaborer des plans-cadres qui vont imposer le respect par leur aspect… imposant, justement. On veut étaler au grand jour, surtout aux yeux des administrateurs et des gouvernements, la nécessaire sévérité de l’apprentissage.

 

Ce n'est pas tant la pertinence des informations qu'on transmet ni la qualité du savoir, mais la quantité qu'on met de l'avant. Il faut faire travailler les élèves. Il faut aussi soi-même besogner. Il faut paraître débordé. Il faut que les élèves paraissent exténués.

 

Bref, on voue un culte au travail et à l'esclavagisme par le biais de la performance à tout prix et dans tous les domaines. Prendre son temps, discuter, bavarder, rêvasser, imaginer, tous ces verbes qui n'impliquent pas la fabrication d'un produit à quantifier et à noter sont devenus synonymes de perte de temps. Et le temps lui-même est compté…

 

On veut produire. On veut des biens. En grandes quantités et rapidement. C'est pourquoi on impose à soi-même et aux autres un rythme de vie endiablé. Il ne faut pas paraître désœuvré sous peine de subir l'opprobre. On devient suspect aux yeux des autres lorsqu'on ne veut pas embarquer dans la machine de la performance et de l'excellence qui broie les êtres humains, comme l'avait si bien illustré Chaplin dans son film Les Temps modernes.

 

Performance, excellence et compétition (mondialisation oblige!) condamnent les employés à rester enchaînés à leur travail et à produire davantage. Vive le cellulaire, leur chaine dorée! Ils n'ont pas le temps de se questionner. Les professeurs font de même. Ils sont submergés de travail, de copies à corriger, de travaux à donner. Et les élèves suent afin de devenir à leur tour de bons petits employés modèles. La roue tourne. Sisyphe se consolerait en nous regardant aller…




L'américanisation de l'imaginaire

17 09 2007

En ouvrant Windows Live Hotmail ce matin, comme tous les matins, j'ai immédiatement en pleine face des nouvelles des vedettes américaines : opération chez les Jolie-Pitt; arrestation du rappeur Trick Daddy; retour à l'école pour Shakira; etc. Les jeux vidéo sont américains, les films distribués ici sont également majoritairement américains et on les écoute en anglais même dans les institutions scolaires maintenant. Les émissions de télévision américaines ont la cote de plus en plus et on les écoute en DVD dans la langue de Shakespeare, c'est tellement meilleur qu'en traduction... Les jouets, Barbie et figurines en plastique de superhéros, sont également américains. Les chansons écoutées par les jeunes sont en très grandes parties américaines. Somme toute, la culture québécoise est américaine et de plus en plus on dit qu'il faut l'apprivoiser dans sa langue d'origine pour la goûter pleinement. Même la littérature populaire (les best-sellers) est majoritairement américaine.

Alors quoi? Baignant ainsi dans la culture américaine, submergé par la diffusion industrielle de la culture états-unienne, on résiste? Mais comment? On exporte notre culture en l'« amécanérisant », comme Céline Dion ou le Cirque du Soleil qui n'ont plus de québécois que le nom? On se replie, on se coupe du monde pour se protéger? Pas facile de vivre dans un monde ouvert à l'autre. Ou alors, on fait la promotion de la culture québécoise en sachant que les moyens sont contre nous, car dès l'enfance on baigne dans la culture Walt Disney. Ou on dénonce, comme je le fais ce matin, en soulignant que notre boîte de réception est contaminée par l'omniprésence américaine malgré nous.




Articles 1 à 20 sur 21
Pages: 1 | 2 |